CATHOLIQUE ET CHAROGNARD ?



Publié le 03/06/2024 sur internet
Publié dans le N°676 de la publication papier du Courrier de Rome



Le 4 mars 2024 par un vote solennel et écrasant, la République française est devenue officiellement avorteuse, comme elle est laïque et démocratique. Désormais est inscrit dans sa constitution, c’est-à-dire dans sa loi fondamentale, le droit pour toute femme de tuer l’enfant qu’elle porte. Ce prétendu droit s’exerce selon les termes de la loi, autrement dit jusqu’à la 14e semaine de grossesse.

Ce vote criminel est passé sans coup férir, quelques timides protestations venant çà et là occuper la classe politico-médiatique. Dorénavant, écrit Mickaël Savigny, « ça pue la charogne en France » . Et de se désoler que des députés qui se déclarent catholiques aient pu voter pour ou, plus lâchement peut-être, s’abstenir sur un tel sujet. Il est vrai qu’on ne peut que s’étonner de voir une Caroline Parmentier ne pas avoir d’avis et s’abstenir, elle qui est aujourd’hui députée après avoir été longtemps journaliste au journal Présent, sous la houlette de Jean Madiran – qui, lui, avait un avis sûr et tranché sur la question.

Reste que la France apostate, infidèle aux promesses de son baptême, s’enfonce toujours plus dans la décadence morale, démographique et civilisationnelle, comme on dit en mauvais français.

Ce triste constat s’explique par de nombreuses raisons, à commencer par la démission des élites tant ecclésiastiques que politiques censées éclairer les âmes et gouverner le peuple. A cet égard, et malgré son côté anecdotique, le témoignage d’une ancienne première dame s’avère particulièrement révélateur.

Anne-Aymone, l’avortement et l’enfance en détresse

Sur le site du Figaro a été publié le 2 mai un long entretien avec Anne-Aymone Giscard d’Estaing, la veuve de l’ancien président de la République. Celui dont le gouvernement, dirigé alors par Jacques Chirac, fit voter la loi Veil sur l’ « interruption volontaire de grossesse », le 17 janvier 1975.

A cette époque, la légalisation de l’avortement fait partie des défis de « la société libérale avancée » tant vantée par le président Valéry Giscard d’Estaing, à côté du divorce par consentement mutuel ou du remboursement des contraceptifs par la Sécurité sociale. C’est à l’aune de telles conquêtes que se mesure une civilisation en voie de corruption… avancée.

Aujourd’hui âgée de 93 ans, la veuve de l’ancien président – une noble dame dont le Figaro nous rappelle qu’elle descend par sa mère du duc de Berry, le fils de Charles X –, est interrogée sur l’influence qu’elle put jouer sur des questions de société (« sociétales », comme on dit en franglais).

L’ancienne première dame répond instantanément : « Sur l’interruption volontaire de grossesse ». Et de citer un cas de détresse (une mère de six enfants marié à un alcoolique) censé émouvoir et préparer l’argument décisif : « Moi-même, j’étais révoltée que seules les femmes qui avaient de l’argent puissent se faire avorter en Suisse, en Angleterre ou je ne sais où ».

Fort à propos, le journaliste interroge : « Pour la catholique pratiquante que vous êtes, cela ne vous a jamais posé de problème ? ». La réponse fuse : « Non, parce qu’il s’agissait de réparer une injustice ! ».

La veuve au grand âge et à l’allure distinguée ressert le même argument : il est injuste que seules les femmes riches puissent se faire avorter je ne sais où à l’étranger, donnons donc à toutes le moyen de se faire avorter sur place en France. En d’autres termes : l’avortement que tout catholique sait êtreun crime contre l’enfant à naître, il est injuste que quelques-unes puissent le pratiquer ailleurs. Donnons donc le droit de tuer ici. C’est ainsi que les femmes pauvres pourront aussi tuer le bébé qu’elles portent : l’égalité dans le crime, au nom d’une justice de feuilles de paye.Cela s’appelle le progrès social.

Avec de pareils arguments, il est injuste que seuls deprétendus riches puissent recourir à l’euthanasie en Suisse ou ailleurs, et que seuls les fils à papa puissent se fournir en drogue de qualité. Qu’attend-on pour légaliser l’euthanasie et la drogue ? Justement…

Evidemment, Anne-Aymone Giscard d’Estaing ne répond pas sur le fond à la question du journaliste. Sa pirouette permet de passer à la question suivante, qui traite de… l’enfance maltraitée ! « C’est décourageant, il faut bien le reconnaître », dit-elle, forcée de constater la réalité de statistiques alarmantes. Cette « catholique pratiquante », qui n’en est pas à une contradiction près, avait auparavant rendu hommage à Jean-Paul II, cette « personnalité extraordinaire ». Sait-elle ce que ce pape disait de l’avortement ?

C’est ainsi que le commandement de Dieu - « tu ne tueras pas l’innocent » - se trouve foulé aux pieds au nom d’une prétendue « injustice révoltante ». Et que la vérité morale se trouve refoulée dans les replis d’une conscience anesthésiée par de faux bons sentiments et de vrais faux raisonnements.

Cet entretien, pour anecdotique qu’il soit, en dit long sur le pourrissement moral des élites, fruit du libéralisme pratique et du laxisme moral, et de la déchristianisationtoujours plus aiguë qui ronge nos sociétés.

Il illustre aussi comment les débats sur les questions de bioéthique sont systématiquement biaisés.L’émotion submerge aisément la raison pour qui n’est pas maître de celle-là ou ne possède que peu celle-ci.

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