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	<title>Courrier de Rome &#8211; Le Courrier de Rome</title>
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	<title>Courrier de Rome &#8211; Le Courrier de Rome</title>
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		<title>MARIE MEDIATRICE A LA VEILLE DU CONCILE : LA DOCTRINE DE L’EPISCOPAT (II)</title>
		<link>https://courrierderome.org/marie-mediatrice-a-la-veille-du-concile-la-doctrine-de-lepiscopat-ii/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Michel Gleize]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Dec 2025 20:39:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courrier de Rome]]></category>
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					<description><![CDATA[1. Face à la quasi-unanimité dont il a été question dans l’article précédent&#160;[1], y a-t-il des évêques opposés à la définition de la double Médiation de la Sainte&#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p>1. Face à la quasi-unanimité dont il a été question dans l’article précédent&nbsp;<a href="#_ftn1" id="_ftnref1">[1]</a>, y a-t-il des évêques opposés à la définition de la double Médiation de la Sainte Vierge et quels sont leurs arguments&nbsp;? On en trouve dix seulement, et encore convient-il de bien faire la différence entre ceux qui sont résolument opposés à la définition (ils sont deux seulement) et ceux qui se contentent d’exprimer des réserves ou des hésitations (ils sont au nombre de huit).</p>



<p>2. Les deux opposants sont Mgr Collignon&nbsp;<a href="#_ftn2" id="_ftnref2">[2]</a>, évêque haïtien, des Cayes, en Amérique centrale, et Mgr Heenan&nbsp;<a href="#_ftn3" id="_ftnref3">[3]</a>, futur cardinal archevêque de Westminster, pour lors évêque de Liverpool, en Grande-Bretagne.&nbsp;</p>



<p>3. Le premier se contente de demander si la doctrine de la Médiation universelle de la Très Sainte Vierge ne pourrait pas être approfondie et expliquée de manière plus claire que jusqu’ici&nbsp;; car il s’agit selon lui d’une doctrine assez complexe et qui n’est pas encore suffisamment mûre pour pouvoir faire l’objet d’une définition dogmatique&nbsp;; mais avec cela, cet évêque estime qu’il est à présent opportun d’étendre à l’Eglise universelle la fête liturgique de Marie Médiatrice&nbsp;<a href="#_ftn4" id="_ftnref4">[4]</a>.</p>



<p>4. Le second estime que l’on ne doit pas multiplier les définitions dogmatiques et que ce serait une erreur de vouloir en prononcer plusieurs pour mettre en valeur les privilèges de la Sainte Vierge et lui donner davantage de gloire, et ce pour deux raisons&nbsp;: premièrement, cela obscurcirait son tout premier et sublime titre de gloire, à savoir sa Maternité divine&nbsp;; deuxièmement, l’on donnerait trop d’importance à des aspects qui sont de toutes façons déjà reçus et peuvent être admis sans qu’il soit besoin de recourir à une définition. Et d’autre part, ajoute-t-il, en apportant une attention croissante aux dévotions fondées sur ces aspects, l’on risque de réduire l’importance du rôle particulier et unique de la Sainte Vierge dans l’économie du salut, et d’encourager les prédicateurs qui insistent sur les apparitions de Lourdes ou de Fatima au détriment de l’Evangile. Cet évêque ajoute que, même s’il s’agit là d’une raison de moindre importance, ce genre de définitions peut mettre obstacle au retour des non catholiques à l’unité de l’Eglise&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn5" id="_ftnref5">[5]</a>.</p>



<p>4. Les huit autres évêques réticents font seulement valoir l’inconvénient déjà signalé (et considéré comme mineur) par Mgr Heenan : la définition ne sera pas comprise par les non catholiques et ceux-ci resteront loin de l’unité de l’Eglise.</p>



<p>5. Mgr Parker&nbsp;<a href="#_ftn6" id="_ftnref6">[6]</a> avance cet inconvénient mais reconnaît avec cela que la définition apportera un progrès certain dans la dévotion des fidèles catholiques, mais l’objection susmentionnée l’arrête&nbsp;<a href="#_ftn7" id="_ftnref7">[7]</a>.</p>



<p>6. Mgr Murphy&nbsp;<a href="#_ftn8" id="_ftnref8">[8]</a> reconnaît que cette définition est en soi désirable («&nbsp;in se desideranda&nbsp;»), mais recule devant l’objection précitée&nbsp;<a href="#_ftn9" id="_ftnref9">[9]</a>.</p>



<p>7. Mgr Rintelen&nbsp;<a href="#_ftn10" id="_ftnref10">[10]</a> ne s’oppose pas à la définition mais fait seulement remarquer que, si on les utilise, les termes de «&nbsp;Médiatrice&nbsp;» et de «&nbsp;Corédemptrice&nbsp;» ne seront pas du tout compris par les protestants et exigeront de trop longues et trop nombreuses explications pour pouvoir être compris correctement. Et d’autre part, il ne semble pas possible de trouver et d’employer des termes qui éviteraient de pareils inconvénients. «&nbsp;Je sais bien&nbsp;», s’objecte-t-il à son objection, «&nbsp;qu’il n’est pas ordinaire de demander que l’on évite d’employer à l’avenir des termes dont les Papes usent déjà, qui désignent de plus, dans de nombreux diocèses, l’objet particulier d’une fête liturgique, la fête de Marie Médiatrice de toutes grâces, et qui sont usuels dans le langage des théologiens&nbsp;»<a href="#_ftn11" id="_ftnref11">[11]</a>. Il conclut en disant que le Concile pourrait définir ces termes mais à condition d’en donner une explication appropriée&nbsp;<a href="#_ftn12" id="_ftnref12">[12]</a>.</p>



<p>8. Mgr Blais&nbsp;<a href="#_ftn13" id="_ftnref13">[13]</a> propose que des communiqués officiels venant du Vatican pourraient porter sur le Christ «&nbsp;unique intermédiaire » entre Dieu et les hommes, car «&nbsp;les non catholiques (et des catholiques) pensent que la Très Sainte Vierge remplace Notre-Seigneur comme intermédiaire ou ils ne comprennent pas que son rôle de Médiatrice de toutes grâces puisse se concilier avec le Christ&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn14" id="_ftnref14">[14]</a>.</p>



<p>9. Deux autres évêques des Etats-Unis d’Amérique sont opposés à la définition, pour la raison que celle-ci risque d’empêcher les non catholiques de revenir à l’unité de l’Eglise&nbsp;: Mgr Nold&nbsp;<a href="#_ftn15" id="_ftnref15">[15]</a> estime que la définition de Marie Médiatrice causera plus de difficultés pour les protestants que la définition de l’infaillibilité du Pape&nbsp;<a href="#_ftn16" id="_ftnref16">[16]</a>&nbsp;; Mgr Shehan&nbsp;<a href="#_ftn17" id="_ftnref17">[17]</a>, futur cardinal, reconnaît que la définition de la Médiation de Marie est nécessaire pour mettre en lumière le rôle que joue la Sainte Vierge dans le mystère de la Rédemption, d’autant plus que cette vérité découle logiquement des deux dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption et qu’il est bien requis que les points de doctrine relatifs à Marie soient parfaitement définis. Mais une raison lui semble suffisamment grave pour s’opposer à la définition&nbsp;: celle-ci écarterait loin de l’unité de l’Eglise nombre de non catholiques, dont certains se rapprochent des catholiques. La définition ne lui semble pas nécessaire puisque la doctrine que l’on se propose de définir n’apporterait pas grand ’chose pour développer la dévotion mariale, qui est déjà plus grande que jamais, alors que cette même définition empêcherait le retour des égarés&nbsp;<a href="#_ftn18" id="_ftnref18">[18]</a>.</p>



<p>10. Un troisième évêque des Etats-Unis, Mgr Schulte&nbsp;<a href="#_ftn19" id="_ftnref19">[19]</a> ne s’oppose pas à la définition mais fait remarquer qu’il importe de définir clairement la place de la Très Sainte Vierge Marie dans le Corps mystique du Christ et d’expliquer pour cela ce que signifie son rôle de Médiatrice et de Corédemptrice, car certaines exagérations venant de la part de fidèles catholiques insuffisamment instruits ont pu présenter aux protestants une notion faussée de la foi catholique&nbsp;<a href="#_ftn20" id="_ftnref20">[20]</a>.</p>



<p>11. Enfin, une dernière objection fut émise par Dom Riha&nbsp;<a href="#_ftn21" id="_ftnref21">[21]</a> aux yeux duquel la définition paraissait inopportune en raison des circonstances présentes, en raison des non-catholiques&nbsp; <a href="#_ftn22" id="_ftnref22">[22]</a></p>



<p>12. Au terme de cette recension, trois faits semblent évidents. Premièrement, si opposition il y a elle est quantitativement négligeable puisqu’elle se réduit à deux évêques, les huit autres étant seulement indécis ou réticents. Deuxièmement, les raisons apportées pour justifier tant l’opposition que la réticence ne sont pas des raisons théologiques décisives, car elles ne portent pas sur la nature même de la vérité en question, qui est d’ailleurs reconnue par tous comme faisant partie de la profession de la foi catholique, mais sur des aspects tout à fait extrinsèques&nbsp;: on va jusqu’à dire qu’il n&rsquo;est pas opportun de définir cette vérité, mais on ne conteste pas cette vérité, prise en elle-même. Troisièmement, les raisons apportées sont surtout des raisons pastorales qui se veulent prudentielles&nbsp;: la définition risquerait d’éloigner les non catholiques de l’unité de l’Eglise&nbsp;; et Mgr Heenan, qui fait valoir comme les autres cette raison, est bien obligé de reconnaître qu’il s’agit là d’une raison «&nbsp;de moindre importance&nbsp;». Ajoutons un quatrième fait&nbsp;: comme nous l’avons montré dans l’article précédent, déjà cité, la grande majorité des évêques qui demandent la définition ont prévu cette objection et y répondent &#8211; inspirés par une véritable prudence surnaturelle &#8211; en disant que, au contraire, la définition aura de quoi convertir les égarés.</p>



<p>13. Il est donc licite de conclure que, à la veille du concile Vatican II, la doctrine de la Médiation de la Très sainte Vierge bénéficie de l’unanimité de l’enseignement des évêques, sans rencontrer d’opposition véritablement sérieuse.</p>



<p>14. La «&nbsp;Note doctrinale&nbsp;» <em>Mater populi fidelis</em>, en son § 13, ne rend donc pas un compte exact de la doctrine du Magistère de l’Eglise, lorsqu’elle se contente de donner en note de simples références muettes à Pie IX, Léon XIII, saint Pie X, Benoît XV, Pie XI et Pie XII. A ces Papes dont les textes ne sont pas cités, la parole est confisquée au profit de la seule constitution <em>Lumen gentium</em>&nbsp;(n° 56) : «&nbsp;Les Saints Pères considèrent Marie non pas simplement comme un instrument passif aux mains de Dieu, mais comme apportant au salut des hommes la coopération de sa libre foi et de son obéissance ». Comme nous venons de le montrer, la coopération de Marie à l’œuvre du salut va beaucoup plus loin que l’exemple et l’activité de sa foi et de son obéissance&nbsp;; c’est surtout toute l’activité de la charité de Marie qui mérite le salut de tous les hommes aux côtés du Christ. De cela, le cardinal Fernandez ne dit absolument rien et au § 14 il se contente de dire que la Vierge Marie «&nbsp;peut coopérer plus intensément et plus profondément avec le Christ et avec l’Esprit, en devenant un prototype, un modèle et un exemple de ce que Dieu veut accomplir en chaque personne rachetée&nbsp;». Un simple exemple et modèle, c’est tout. L’omission est déjà grave, et si elle est délibérée elle est malhonnête, voire pire&nbsp;: elle sent l’hérésie.</p>



<p>15. Mais la doctrine unanime de tous les évêques, au moment de Vatican II, reste là comme un signe de contradiction en face de cette «&nbsp;Note&nbsp;» pour attester la véritable nature du rôle de la Vierge Marie dans l’œuvre de notre Rédemption.</p>



<p>Abbé Jean-Michel Gleize</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity" />



<p><a href="#_ftnref1" id="_ftn1">[1]</a> Voir l’article intitulé&nbsp;: «&nbsp;Marie médiatrice à la veille du Concile&nbsp;: la doctrine de l’épiscopat&nbsp;» dans le présent numéro du <em>Courrier de Rome</em>.</p>



<p><a href="#_ftnref2" id="_ftn2">[2]</a> Jean-Louis-Joseph Collignon (1904-1966) fut évêque des Cayes, à Haïti, de 1942 à 1966.</p>



<p><a href="#_ftnref3" id="_ftn3">[3]</a> John Carmel Heenan (1905-1975) fut évêque de Leeds de 1951 à 1957, puis archevêque de Liverpool de 1957 à 1963 et enfin archevêque de Westminster de 1963 à 1975, créé cardinal en 1965.</p>



<p><a href="#_ftnref4" id="_ftn4">[4]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars VI, p. 570.</p>



<p><a href="#_ftnref5" id="_ftn5">[5]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars I, p. 22-23.</p>



<p><a href="#_ftnref6" id="_ftn6">[6]</a> Thomas Léo Parker (1887-1975) fut évêque de Northampton de 1940 à 1967 puis évêque de Magarmel de 1967 à 1970.</p>



<p><a href="#_ftnref7" id="_ftn7">[7]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars I, p. 26-27.</p>



<p><a href="#_ftnref8" id="_ftn8">[8]</a> John Aloysius Murphy (1905-1995) fut évêque coadjuteur de Shrewsbury de 1948 à 1949 puis évêque de Shrewsbury de 1949 à 1961 et enfin archevêque de Cardiff de 1961 à 1983. On ne doit pas el confondre avec le cardinal Murphy-O’Connor (1932-2017) qui fut évêque de Brighton de 1977 à 2000 puis cardinal archevêque de Westminster de 2000 à 2009.</p>



<p><a href="#_ftnref9" id="_ftn9">[9]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars I, p. 36.</p>



<p><a href="#_ftnref10" id="_ftn10">[10]</a> Friedrich Maria Heinrich Rintelen (1899-1988) fut évêque auxiliaire de Paderborn de 1951 à 1970.</p>



<p><a href="#_ftnref11" id="_ftn11">[11]</a> «&nbsp;Scio extraordinarium esse, rogare, ut in futuro termini evitentur, quibus iam utuntur Papae &#8211; quique in multis Dioecesibus peculiare festum designant (festum Mariae Mediatricis omnium gratiarum) et qui sunt usuales linguae theologorum&nbsp;».</p>



<p><a href="#_ftnref12" id="_ftn12">[12]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars I, p. 714.</p>



<p><a href="#_ftnref13" id="_ftn13">[13]</a> Léo Blais (1904-1991) fut évêque de Prince-Albert (dans la Province de Saskatchewan au Canada) de 1952 à 1959, puis évêque auxiliaire de Montréal (dans la province de Québec au Canada). On ne doit pas le confondre avec André-Albert Blais (1842-1919) qui fut évêque de Saint Germain de Rimouski (dans la Province de Québec) ni avec Jean-Pierre Blais, né en 1949 et évêque émérite de Baie-Comeau (dans la Province de Québec).</p>



<p><a href="#_ftnref14" id="_ftn14">[14]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars VI, p. 155.</p>



<p><a href="#_ftnref15" id="_ftn15">[15]</a> Wendelin Joseph Nold (1900-1981) fut évêque coadjuteur de Galveston (dans le Texas) de 1947 à 1950 puis évêque de Galveston-Houston de 1950 à 1975.</p>



<p><a href="#_ftnref16" id="_ftn16">[16]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars VI, p. 327.</p>



<p><a href="#_ftnref17" id="_ftn17">[17]</a> Lawrence Joseph Shehan (1898-1984) fut évêque auxiliaire de Baltimore-Washington (dans le Maryland) de 1945 à 1953, puis évêque de Bridgeport (dans le Connecticut) de 1953 à 1961, archevêque coadjuteur puis archevêque de Baltimore de 1961 à 1974, créé cardinal en 1965.</p>



<p><a href="#_ftnref18" id="_ftn18">[18]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars VI, p. 285-286.</p>



<p><a href="#_ftnref19" id="_ftn19">[19]</a> Paul Clarence Schulte (1890-1984) fut évêque de Leavenworth (dans le Kansas) de 1937 à 1946 puis archevêque de Indianapolis de 1946 à 1970.</p>



<p><a href="#_ftnref20" id="_ftn20">[20]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars VI, p. 342.</p>



<p><a href="#_ftnref21" id="_ftn21">[21]</a> Josef (en religion Maur) Riha (1889-1971) fut abbé autrichien de l&rsquo;abbaye bénédictine de Michaelbeuern de 1933 à 1969 puis Père Abbé Général de la Congrégation bénédictine autrichienne de 1956 à 1966. Il prit part à ce titre à la préparation et au déroulement du concile Vatican II.</p>



<p><a href="#_ftnref22" id="_ftn22">[22]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars VIII, p. 38.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>MARIE MEDIATRICE A LA VEILLE DU CONCILE : LA DOCTRINE DE L’EPISCOPAT (I)</title>
		<link>https://courrierderome.org/marie-mediatrice-a-la-veille-du-concile-la-doctrine-de-lepiscopat-i/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Michel Gleize]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Dec 2025 20:36:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courrier de Rome]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>&#8211; 1 &#8211;</strong></p>



<p><strong>L’argument de l’unanimité de l’épiscopat</strong></p>



<p>1. «&nbsp;Nous désirons et nous souhaitons que l’on continue et que l’on encourage les recherches en vue de préparer la définition du dogme de Marie Médiatrice de toutes grâces, qui fait déjà partie de la profession de foi du peuple chrétien, avec l’office du bréviaire et le missel&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn1" id="_ftnref1">[1]</a>. Ce vœu de Son Eminence le cardinal Clément Roques, pour lors archevêque de Rennes, en France, fut envoyé, au cours de l’été 1959, à la Commission pontificale antépréparatoire, en réponse à une lettre du 18 juin demandant aux évêques français leurs avis et leurs vœux, en vue du prochain concile annoncé par le Pape Jean XXIII le 25 janvier précédent. Sur les 106 évêques français qui répondirent, 9 évêques résidentiels et un évêque auxiliaire demandèrent la définition dogmatique de la Médiation universelle de la Sainte Vierge. Citons parmi eux&nbsp;: Mgr Mathieu, évêque d’Aire&nbsp;<a href="#_ftn2" id="_ftnref2">[2]</a>, Mgr Megnin, évêque d’Angoulême&nbsp;<a href="#_ftn3" id="_ftnref3">[3]</a>, Mgr Flynn, évêque de Nevers&nbsp;<a href="#_ftn4" id="_ftnref4">[4]</a>, Mgr Girbeau, évêque de Nîmes (celui-ci demandant de surcroît la définition dogmatique de Marie corédemptrice)&nbsp;<a href="#_ftn5" id="_ftnref5">[5]</a>, Mgr Courbe, évêque auxiliaire de Paris&nbsp;<a href="#_ftn6" id="_ftnref6">[6]</a>. En tout état de cause, ces évêques demandent tous que soit définie comme un dogme de foi divine et catholique, c’est-à-dire comme une vérité formellement révélée par Dieu, la «&nbsp;Médiation universelle&nbsp;» de Marie prise dans un sens élargi, c’est-à-dire comme incluant non seulement la Médiation universelle au sens strict (c’est-à-dire la vérité selon laquelle la Très Sainte Vierge Marie distribue à tous les hommes toutes les grâces acquises de la Rédemption) mais aussi la Corédemption (c’est-à-dire la vérité selon laquelle la Très Sainte Vierge Marie a acquis avec le Christ, par sa compassion au pied de la croix, toutes les grâces de la Rédemption).</p>



<p>2. Ces «&nbsp;vota&nbsp;» ont toute leur importance, qui est beaucoup plus que celle de simples «&nbsp;desiderata&nbsp;». Les évêques sont en effet «&nbsp;les vrais docteurs et les vrais maîtres des fidèles confiés à leurs soins&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn7" id="_ftnref7">[7]</a>. Leur consensus unanime représente même un critère infaillible, le signe qui atteste sans erreur possible que la doctrine qu’ils retiennent à l’unanimité est bien révélée par Dieu&nbsp;<a href="#_ftn8" id="_ftnref8">[8]</a>&nbsp;: tel est le critère du Magistère ordinaire universel. Le Pape peut d’ailleurs y recourir avant de procéder à une définition solennelle. Nous en avons un exemple célèbre, lorsque dans la bulle <em>Magnificentissimus Deus</em> du 1<sup>er</sup> novembre 1950, définissant le dogme de l’Assomption, le Pape Pie XII fait allusion à la consultation qui avait eu lieu précédemment, le 1<sup>er</sup> mai 1946, et où, en adressant à tous les évêques de la terre par la lettre <em>Deiparae virginis Mariae</em>, il s’était efforcé de vérifier que la vérité de l’Assomption faisait l’objet de la prédication actuelle unanime des pasteurs dans l’Eglise. «&nbsp;Cet accord remarquable des évêques et des fidèles catholiques, […] comme il Nous offre l&rsquo;accord de l&rsquo;enseignement du Magistère ordinaire de l&rsquo;Église et de la foi concordante du peuple chrétien &#8211; que le même Magistère soutient et dirige &#8211; manifeste donc par lui-même, et d&rsquo;une façon tout à fait certaine et exempte de toutes erreurs, que ce privilège est une vérité révélée par Dieu et contenue dans le dépôt divin, confié par le Christ à son Épouse, pour qu&rsquo;elle le garde fidèlement et le fasse connaître d&rsquo;une façon infaillible »&nbsp;<a href="#_ftn9" id="_ftnref9"><sup>[9]</sup></a>. Les «&nbsp;vota&nbsp;» remis au Saint Siège à la veille du concile œcuménique, s’ils ne vont pas jusqu’à représenter le critère du Magistère ordinaire universel, attestent du moins l’état de la prédication unanime de l’épiscopat, en faveur d’une vérité qui mérite d’être définie comme un dogme de foi.</p>



<p>3. Or cette unanimité est parfaitement constatable. Car les évêques de France n’étaient pas les seuls à émettre ce vœu de voir définies la Médiation universelle et la Corédemption de la Très Sainte Vierge Marie. La collection des <em>Acta </em>du concile Vatican II, dans la série des textes préparatoires au Concile, recense la totalité des vœux présentés par les évêques du monde entier. En Europe, 80 évêques demandent la définition, dont 41 pour l’Italie, 11 pour la Pologne, 9 pour l’Espagne et 5 pour l’Irlande. Partout ailleurs dans le monde la définition est demandée dans tous les diocèses&nbsp;: aux Etats-Unis d’Amérique, 19 évêques la demandent, aux Philippines ce sont 4 évêques et en Inde 5. Mais au-delà des chiffres, ce qu’il importe de constater, ce sont les considérations qui accompagnent l’expression du souhait de la définition, et qui entendent en justifier la demande. On retrouve toujours les mêmes considérations&nbsp;: la définition est plus qu’opportune car elle ne fera que proclamer ce qui apparaît suffisamment comme partie intégrante du dépôt de la foi&nbsp;; la définition éclairera les âmes de bonne volonté.</p>



<p><strong>&#8211; 2 &#8211;</strong></p>



<p><strong>Les principaux témoignages</strong></p>



<p>4. L’évêque auxiliaire de Malte, Mgr Emmanuel Galea&nbsp;<a href="#_ftn10" id="_ftnref10">[10]</a>, écrit&nbsp;en son nom et au nom de son archevêque, Son Excellence Monseigneur Mikiel Gonzi&nbsp;<a href="#_ftn11" id="_ftnref11">[11]</a> : «&nbsp;Pour attirer au centre de l’unité catholique les chrétiens qui s’en sont séparés, une définition dogmatique de Marie, Mère de Dieu, Médiatrice universelle de toutes les grâces, aux côtés de son Fils Jésus lui-même unique Médiateur auprès de Dieu, pourrait être d’un très grand secours. En effet, les sectes schismatiques orientales gardent encore une vénération pour la Très Sainte Vierge. Quant aux protestants, comme on le sait, ils ont en grande partie abandonné leurs anciennes opinions. L’on doit donc grandement espérer que cette vérité, si elle est expliquée comme il convient, sera reçue de tous les chrétiens comme la voix de la Mère céleste qui veut ramener tous ses fils à l’unité&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn12" id="_ftnref12">[12]</a>.</p>



<p><strong>&#8211; 3 &#8211;</strong></p>



<p><strong>Les évêques espagnols</strong></p>



<p>5. Les évêques espagnols comptent parmi les plus fervents défenseurs des privilèges de la Mère de Dieu. Mgr Angel Riesco Carbajo&nbsp;<a href="#_ftn13" id="_ftnref13">[13]</a> écrit que tout le monde désire voir défini comme un dogme que Marie est Médiatrice de toutes grâces. Mgr Vicente Enrique y Tarancón&nbsp;<a href="#_ftn14" id="_ftnref14">[14]</a> demande que l’on définisse&nbsp;: la sainteté initiale de la Sainte Vierge&nbsp;; sa dormition, qui ne doit pas être entendue comme une mort mais comme une «&nbsp;passage&nbsp;» («&nbsp;transitus&nbsp;»)&nbsp;; sa Corédemption&nbsp;; sa maternité spirituelle&nbsp;; sa Médiation universelle&nbsp;<a href="#_ftn15" id="_ftnref15">[15]</a>.</p>



<p>6. Selon Mgr Léopold Eijo y Garay&nbsp;<a href="#_ftn16" id="_ftnref16">[16]</a>, «&nbsp;venant du Concile, une définition dogmatique ou du moins une déclaration doctrinale concernant Marie Médiatrice de toutes grâces aurait beaucoup d’efficacité pour susciter chez tout le peuple fidèle une dévotion fervente envers la bienheureuse Vierge Mère de Dieu, et à travers elle envers Notre Seigneur Jésus Christ, dans la mesure où il serait affirmé que,  » selon la volonté de Dieu, rien ne nous est attribué du grand trésor de toutes les grâces sinon par l’intermédiaire de Marie, en sorte que, de même que personne ne peut s’approcher du Père Souverain sinon par son Fils, ainsi, personne ne peut s’approcher du Fils sinon par sa Mère  » (Léon&nbsp;XIII)&nbsp;;  » c’est d’elle qu’est né Jésus, sa vraie mère et pour cette raison elle mérite d’être Médiatrice auprès du Médiateur et elle est acceptée de Dieu comme telle  » (Léon&nbsp;XIII)&nbsp;;  » en effet, elle l’emporte sur tous en sainteté et dans l’union au Christ et appelée par le Christ à prendre part à l’œuvre du salut des hommes, elle est la première des ministres pour distribuer les grâces  » (saint Pie&nbsp; X)&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn17" id="_ftnref17">[17]</a>.</p>



<p>7. Mgr Rafael Balanzá y Navarro&nbsp;<a href="#_ftn18" id="_ftnref18">[18]</a> demande que l’on définisse que la doctrine selon laquelle la très bienheureuse Vierge est Médiatrice de toutes grâces est divinement révélée&nbsp;<a href="#_ftn19" id="_ftnref19">[19]</a>. Mgr Alfonso Rodenas Garcia&nbsp;<a href="#_ftn20" id="_ftnref20">[20]</a> fait remarquer que&nbsp;la vérité de la Médiation universelle de la Très Sainte Vierge Marie devient de jour en jour plus claire, et combien plus serait-elle claire si le futur Concile s’occupait de la mettre en évidence&nbsp;<a href="#_ftn21" id="_ftnref21">[21]</a>.</p>



<p>8. Mgr Gregorio Modrego y Casaus&nbsp;<a href="#_ftn22" id="_ftnref22">[22]</a> observe que «&nbsp;la doctrine concernant la bienheureuse Vierge Marie s’est beaucoup développée ces derniers temps et c’est pourquoi le Concile œuvrerait de la meilleure manière en faveur de cette doctrine de la mariologie s’il soumettait à révision tous les développements que nos mariologues ont pu exprimer à notre époque et qui semblent parvenus à maturité, en les proposant aux pères conciliaires pour qu’ils en fassent la matière de leurs définitions, par exemple pour définir que la Vierge Marie est Médiatrice de toutes grâces. Ce qui le réclame, c’est la gloire et c’est l’honneur qui sont dus à la Mère de Dieu, qui est aussi notre Mère. Et d’autant plus qu’aujourd’hui il ne manque pas de personnes qui voudraient déprécier une si grande Mère, sous prétexte que le Christ est le centre unique de toute la religion chrétienne, et comme si l’honneur rendu à la Mère diminuait le Fils, alors qu’en réalité c’est le contraire qui est vrai puisque celui qui honore la Mère honore également le Fils&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn23" id="_ftnref23">[23]</a>.</p>



<p>9. Mgr Abilio del Campo y de la Bárcena&nbsp;<a href="#_ftn24" id="_ftnref24">[24]</a> demande que soit définie la thèse selon laquelle «&nbsp;la bienheureuse Vierge Marie est Médiatrice, dans le Christ, de toutes les grâces&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn25" id="_ftnref25">[25]</a>. Mgr José Bascunana Llopez&nbsp;<a href="#_ftn26" id="_ftnref26">[26]</a> demande la définition solennelle de la bienheureuse Vierge Marie Médiatrice de toutes grâces&nbsp;<a href="#_ftn27" id="_ftnref27">[27]</a>. Mgr Manuel Llopis Ivorra&nbsp;<a href="#_ftn28" id="_ftnref28">[28]</a> demande que la Médiation universelle de la bienheureuse Vierge Marie soit déclarée comme un dogme catholique. «&nbsp;La dévotion et l’amour filial envers Marie notre Mère a pris toujours plus de force, à la grande satisfaction de toute l’Eglise&nbsp;», écrit-il. «&nbsp;Ces derniers temps, la proclamation des deux dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption ont causé une très grande joie à l’Eglise universelle. Pourquoi le Souverain Pontife n’insérerait-il pas, à l’occasion de cet événement si favorable, une nouvelle perle à la couronne d’or de la Mère de Dieu, en proposant, comme une dogme catholique universel, la vérité catholique selon laquelle Marie intervient toujours dans la distribution de toutes les grâces&nbsp;?&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn29" id="_ftnref29">[29]</a>.</p>



<p><strong>&#8211; 4 &#8211;</strong></p>



<p><strong>Les évêques irlandais</strong></p>



<p>10. Les évêques irlandais développent leur argumentation en faveur de la définition.</p>



<p>11. Celle de Mgr Patrick O’Boyle, évêque de Killala&nbsp;<a href="#_ftn30" id="_ftnref30">[30]</a> a d’autant plus de force qu’elle ressuscite pour nous tous les enseignements magistériels des Papes des deux derniers siècles. Le prélat demande que la Médiation universelle de la bienheureuse Vierge Marie soit définie comme divinement révélée et devant être tenue de foi. «&nbsp;Cette doctrine&nbsp;», dit-il, «&nbsp;est non seulement rapportée dans un grand nombre de prières et dans les pieux exercices des simples fidèles, mais encore on l’observe dans les œuvres des auteurs spirituels et chez les théologiens les plus qualifiés et aussi, ces dernières années, on la rencontre souvent dans les discours des Souverains Pontifes. Voilà pourquoi on peut affirmer que la Médiation universelle de la bienheureuse Vierge Marie est une doctrine commune dans l’Eglise. Dans son Encyclique <em>Ineffabilis Deus</em>, le Pape Pie IX a conclu son propos en invoquant Marie comme la Médiatrice et la réconciliatrice de tout le genre humain et après lui ses successeurs dans le Souverain Pontificat ont indiqué avec plus de profondeur et de soin la portée de ce titre de Médiatrice. Léon XIII, en tout premier lieu, a expliqué que l’on ne peut accéder à Notre Seigneur Jésus Christ sinon par Marie sa Mère (Lettre Encyclique <em>Octobri mense</em>, de 1891). Le Pape saint Pie X enseigne que la bienheureuse Vierge Marie est Médiatrice de toutes grâces (Lettre Encyclique <em>Ad diem illum</em> de 1904). Benoît XV, dans sa Lettre apostolique <em>Inter sodalicia</em> de 1918 n’utilise sans doute pas le mot même de co-rédemptrice mais en exprime clairement l’idée. Pie XI, au terme de l’Année Sainte 1933 a invoqué publiquement Marie sous le titre de co-rédemptrice. Enfin, dans sa Lettre Encyclique <em>Mystici corporis</em> de 1943, le Pape Pie XII d’illustre mémoire a exprimé avec élégance et densité ce qu’il faut entendre de la prérogative de Marie, à la fois médiatrice et rédemptrice. Cela étant, le prochain concile œcuménique semble offrir une occasion opportune pour vérifier si cette doctrine déjà commune pourrait être définie. Sur ce point, il n’est pas du tout hors de propos de remarquer que d’un point de vue historique il existe une ressemblance entre la doctrine de l’Immaculée Conception et celle de la Médiation universelle de la bienheureuse Vierge Marie. Bien qu’elle ait fini par être définie, la doctrine de l’Immaculée Conception a longtemps semblé non acceptable aux yeux de certains théologiens et non des moindres – comme saint Bonaventure, saint Albert le Grand et saint Thomas – car ceux-ci ne voyaient pas encore comment la concilier avec le dogme du péché originel. De manière semblable, même si la doctrine de la Médiation universelle est disputée, compte tenu du très grand zèle avec lequel les fidèles veulent embrasser aujourd’hui cette belle vérité, on doit bien se demander si la divine Providence ne fraierait pas la voie, surtout en ces temps, à la définition solennelle de la Médiation universelle de la bienheureuse Vierge Marie&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn31" id="_ftnref31">[31]</a>.</p>



<p><strong>&#8211; 5 &#8211;</strong></p>



<p><strong>Les évêques italiens</strong></p>



<p>12. Les évêques italiens, qui demandent tous la définition, s’appuient sur le fait que la doctrine de la Médiation universelle de la Sainte Vierge est une vérité qui fait déjà partie de la profession de la foi catholique. Mgr Perini&nbsp;<a href="#_ftn32" id="_ftnref32">[32]</a> déclare qu’il s’agit d’une doctrine reçue dans toute l’Eglise&nbsp;<a href="#_ftn33" id="_ftnref33">[33]</a>. Mgr Galeazzi&nbsp;<a href="#_ftn34" id="_ftnref34">[34]</a> estime qu’il s’agit d’une doctrine presque commune&nbsp;<a href="#_ftn35" id="_ftnref35">[35]</a>. Mgr Pieri&nbsp;<a href="#_ftn36" id="_ftnref36">[36]</a> considère que cette doctrine est fermement retenue par l’Eglise tout entière et le peuple chrétien&nbsp;<a href="#_ftn37" id="_ftnref37">[37]</a>.</p>



<p>13. Mgr Longo Dorni&nbsp;<a href="#_ftn38" id="_ftnref38">[38]</a> demande que soit définie la coopération toute particulière de la Vierge Marie à la Rédemption des hommes, avec le Christ et par le Christ, c’est à dire le fait que Marie est Corédemptrice et Médiatrice de toutes grâces. Car, ajoute-t-il, il semble bien que ce soit là une vérité mûrement éprouvée et universellement reçue et d’une certaine façon elle est étroitement reliée aux dogmes déjà définis de l’Immaculée Conception et de l’Assomption. Et de plus, elle semble toute indiquée pour mettre en lumière la nature de l’homme et la noblesse de sa destinée, rendue possible par la Rédemption et la grâce&nbsp;<a href="#_ftn39" id="_ftnref39">[39]</a>.</p>



<p>14. Mgr De Cicco&nbsp;<a href="#_ftn40" id="_ftnref40">[40]</a>, évêque de Sessa Aurunca demande que la Médiation de la Vierge Marie soit proclamée par une définition infaillible de l’Eglise, car c’est une vérité qui est enseignée par les Pères et les docteurs de l’Eglise, par saint Ephrem, saint Jean Chrysostome, saint Jean Damascène, et par d’autres encore, ainsi que par le Magistère des Souverains Pontifes, spécialement par Pie&nbsp;IX dans la Bulle <em>Ineffabilis Deus</em> du 8 décembre 1854, par Léon&nbsp;XIII dans l’Encyclique <em>Adjutricem populi </em>du 5 septembre 1895, par Pie&nbsp;XI dans l’Encyclique <em>Miserentissimus Redemptor</em> du 8 mai 1928&nbsp;<a href="#_ftn41" id="_ftnref41">[41]</a>.</p>



<p>15. Mgr Carraro&nbsp;<a href="#_ftn42" id="_ftnref42">[42]</a> estime que le temps est venu de se poser la question de savoir s’il ne serait pas opportun de déclarer et définir la Médiation universelle de la Vierge Marie, au sens où cette vérité est l’objet de la foi du peuple chrétien et est déjà célébrée liturgiquement dans un grand nombre de diocèses&nbsp;<a href="#_ftn43" id="_ftnref43">[43]</a>.</p>



<p>16. Mgr Katkoff&nbsp;<a href="#_ftn44" id="_ftnref44">[44]</a> fait remarquer que ce point de la doctrine dogmatique catholique ne fut jamais aussi clairement et éminemment proposé au genre humain qu’à notre époque, aussi bien par les Souverains Pontifes que par les plus illustres docteurs des écoles catholiques. La Médiation universelle de Marie ne semble pas être opposée à la tradition ni à l’esprit de l’église d’Orient&nbsp;<a href="#_ftn45" id="_ftnref45">[45]</a>. Mgr Severi&nbsp;<a href="#_ftn46" id="_ftnref46">[46]</a> nourrit l’espérance que les schismatiques orientaux reviennent à l’unité de l’Eglise, et comme cela semble humainement difficile, voire impossible, il souhaite que le premier acte du prochain concile soit pour définir la Médiation universelle de la Sainte Vierge&nbsp;<a href="#_ftn47" id="_ftnref47">[47]</a>.</p>



<p><strong>&#8211; 6 &#8211;</strong></p>



<p><strong>Les évêques polonais</strong></p>



<p>17. Les évêques polonais sont de loin les plus éloquents. Mgr Czajka&nbsp;<a href="#_ftn48" id="_ftnref48">[48]</a> affirme qu’il est nécessaire de proclamer le dogme de la Médiation universelle de Marie pour les raisons suivantes&nbsp;: premièrement, cette vérité fait partie du trésor de la doctrine divinement révélée, ainsi que l’atteste toute la Tradition dogmatique de l’Eglise&nbsp;; deuxièmement, la proclamation de ce dogme mettra mieux en lumière le caractère surnaturel de la Maternité de la bienheureuse Vierge Marie envers les hommes&nbsp;; troisièmement, cette définition dogmatique donnera encore plus d’importance au culte que réclame pour elle la Mère de Dieu, en signalant encore mieux son rôle dans l’économie divine du salut et par conséquent elle donnera aux fidèles une intelligence et une piété plus profonde envers le don de la grâce de Dieu&nbsp;; quatrièmement, ce dogme excitera une plus grande confiance dans la Médiation de Marie, spécialement chez les âmes tombées dans le péché&nbsp;; cinquièmement, une telle définition serait en accord avec la tournure que prend aujourd’hui la vie de l’Eglise, et elle fera apparaître avec évidence l’opération du Saint Esprit, apportant au monde le remède du salut&nbsp;<a href="#_ftn49" id="_ftnref49">[49]</a>.</p>



<p>18. Mgr Jasinski&nbsp;<a href="#_ftn50" id="_ftnref50">[50]</a> demande que le Concile explique et déclare la doctrine de la Médiation universelle de la bienheureuse Vierge Marie, qui a été enseignée et qui a été crue des fidèles durant tant de siècles&nbsp;; il réclame aussi que la fête déjà établie en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie Médiatrice de toutes grâces soit étendue à l’Eglise universelle&nbsp;<a href="#_ftn51" id="_ftnref51">[51]</a>.</p>



<p>19. Mgr Czerniak&nbsp;<a href="#_ftn52" id="_ftnref52">[52]</a> est celui qui développe le plus l’argumentation, en invoquant les témoignages de la Tradition du Magistère et en faisant appel au raisonnement théologique, lui-même développé par les Papes. Il estime que la Médiation universelle de la bienheureuse Vierge Marie doit être déclarée comme un dogme par le Magistère ecclésiastique. Depuis que le Pape Pie&nbsp;XI dans son Encyclique <em>Miserentissimus Redemptor</em> du 8 mai 1928 a invoqué la Médiation toute-puissante de la bienheureuse Vierge Marie, ce concept de la Médiation universelle de la bienheureuse Vierge Marie a de plus en plus été au centre de la réflexion chez les théologiens, dans les congrès, les conférences, les pieuses unions et il est devenu de plus en plus clair. Cette formulation de Pie XI, qui ne fait que reprendre l’objet de la Révélation divine, semble bien avoir été très souvent mise en lumière par la Tradition de l’Eglise. En effet, le Souverain Pontife ne fait que répéter et défendre une doctrine que l’Eglise a explicitement professée dans sa foi, doctrine déclarant que la bienheureuse Vierge Marie est Médiatrice de toutes grâces. Les données les plus importantes de cette doctrine ont déjà été examinées en détail avec soin aujourd’hui, on le voit, par un grand nombre d’auteurs. Et il devient de plus en plus évident que cette doctrine de la Médiation universelle de la bienheureuse Vierge Marie s’appuie sur un double fondement&nbsp;: sa maternité divine d’une part et d’autre part le fait qu’elle ait été associée au Christ dans l’œuvre de notre salut. Tout récemment, le Pape Pie&nbsp;XII, dans les Encycliques bien connues qu’il a voulu consacrer au mystère de la Vierge Marie, a pris soin d’expliquer ce double fondement. Car le double fait que la bienheureuse Vierge Marie ait pris part à l’œuvre de notre salut et qu’elle soit Médiatrice de toutes les grâces, loin de détruire la Médiation du Christ, se subordonne plutôt à celle-ci. Et donc, puisque la vérité de cette Médiation universelle de la bienheureuse Vierge Marie est transmise dans l’enseignement du Magistère ordinaire de l’Eglise, dans la Tradition catholique constante et dans la sentence commune des théologiens, il reste encore à ce que, jusqu’ici sentence proche de la foi, elle fasse désormais l’objet de la profession de foi catholique en ces termes mêmes&nbsp;: la bienheureuse Vierge Marie doit être déclarée Médiatrice de toutes grâces non seulement parce qu’elle nous a engendré le Christ mais aussi parce que la volonté de Dieu l’a créée comme Médiatrice universelle et parce qu’elle exerce sans interruption ce rôle de miséricorde envers le hommes&nbsp;<a href="#_ftn53" id="_ftnref53">[53]</a>.</p>



<p>20. C’est en vertu d’un désir très pressant, observe Mgr Blecharczyk&nbsp;<a href="#_ftn54" id="_ftnref54">[54]</a>, que nous souhaitons voir déclarée par, une définition infaillible comme un dogme de foi catholique, la doctrine qui tient que la très bienheureuse Vierge Marie est Médiatrice pour répandre toutes les grâces du salut. Car cette vérité demeure très profondément ancrée dans l’esprit de nos fidèles, qu’ils soient ignorants ou savants. Tous croient que la très bienheureuse Vierge Marie a été exaltée par Dieu au-dessus de toutes les créatures, car Dieu l’a choisie pour qu’elle devienne la Mère du Verbe incarné et sa coopératrice dans l&rsquo;œuvre de la Rédemption et c’est pourquoi elle est la Mère du Corps mystique du Christ et la Médiatrice de toutes les grâces qui découlent de la Rédemption comme de leur source. Ces derniers temps, dans notre patrie, de très graves dangers ont fait apparaître cette vérité dans la plus grande lumière possible, car dans leurs nécessités tant corporelles que spirituelles, les fidèles se sont réfugiés avec une confiance toute particulière, auprès de la Reine du ciel et de la terre et celle-ci les a merveilleusement exaucés. Nous avons donc une ferme confiance que, si cette vérité est définie, notre peuple en concevra une vive joie et rendra à sa Médiatrice un culte d’autant plus ardent et ira se réfugier avec une confiance d’autant plus grande sous sa protection. Et la Vierge Mère de Dieu, qui est la seule à avoir exterminé toutes les hérésies dans le monde entier, une fois que l’Eglise l’aura ornée d’une nouvelle couronne, nous récompensera en nous obtenant la grâce de voir les chrétiens séparés de l’unité de l’Eglise se réconcilier avec celle-ci et triompher à nouveau notre foi catholique<a href="#_ftn55" id="_ftnref55">[55]</a>.</p>



<p>21. Mgr Pekala&nbsp;<a href="#_ftn56" id="_ftnref56">[56]</a> redit la même chose que son confrère de Tarnow lorsqu’il estime «&nbsp;opportune&nbsp;» la définition dogmatique de la Médiation universelle de la bienheureuse Vierge Marie. «&nbsp;Il nous a semblé opportun&nbsp;», dit-il, «&nbsp;de demander que soit déclaré par une définition infaillible que la doctrine qui tient que la très bienheureuse Vierge Marie est Médiatrice dans la distribution de toutes les grâces nécessaires au salut est un dogme de foi catholique. Car cette déclaration nous laissera un témoignage perpétuel de piété et de vénération et aussi de reconnaissance envers l’admirable et toujours vénérable Mère de Dieu, pour tous les bienfaits que celle-ci nous a obtenus &#8211; bienfaits qui en ces temps présents suscitent déjà de la part des pasteurs suprêmes, des pères du Concile et de tout le troupeau des fidèles la piété filiale envers cette Vierge Mère de Dieu. Cette même déclaration obtiendra aussi de la bienheureuse Vierge Marie, elle qui est la seule à exterminer toutes les hérésies dans le monde entier, qu’elle nous réconcilie avec son Fils et qu’elle rétablisse la paix et l’unité de l’Eglise en y ramenant les frères égarés loin d’elle. Car nous croyons tous, pasteurs et peuple fidèle, que la très bienheureuse Vierge Marie a été exaltée par Dieu au-dessus de toutes les créatures et choisie pour devenir la Mère du Verbe incarné et sa coopératrice dans l’œuvre de la Rédemption. Et c’est pourquoi nous croyons aussi qu’elle est la Mère du Corps mystique du Christ et la Médiatrice de toutes les grâces qui découlent de la Rédemption comme de leur source&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn57" id="_ftnref57">[57]</a>.</p>



<p><strong>&#8211; 7-</strong></p>



<p><strong>«&nbsp;Et alibi aliorum&nbsp;»&nbsp;:</strong></p>



<p><strong>et ailleurs aussi …</strong></p>



<p>22. Nous n’avons donné jusqu’ici qu’une partie, certes notable, des «&nbsp;vota&nbsp;» des évêques. Énumérer tous les témoignages de tous les évêques de la catholicité, en faveur de la définition de la Médiation universelle de Marie et de sa Corédemption, dépasserait les colonnes de ce journal&nbsp;<a href="#_ftn58" id="_ftnref58">[58]</a>. Nous nous sommes malheureusement limités à l’Europe. Il conviendrait de produire les demandes venant des évêques de l’Asie, de l’Afrique, des deux Amériques. Les quelques extraits suivants peuvent en donner un bref aperçu.</p>



<p>23. En Amérique centrale, au Nicaragua, Mgr Niedhammer y Yaeckle&nbsp;<a href="#_ftn59" id="_ftnref59">[59]</a> développe une longue argumentation. «&nbsp;Il nous semble&nbsp;», précise-t-il, « que Marie a coopéré de manière immédiate à la Rédemption objective, en sorte, comme l’a enseigné saint Pie X (dans <em>Ad diem illum</em> du 2 février 1904) que  » Marie a mérité <em>de congruo</em> ce que le Christ a mérité pour nous <em>de condigno&nbsp;</em><a href="#_ftn60" id="_ftnref60">[60]</a>. […] «&nbsp;Notre vœu est également que le Concile définisse clairement la doctrine de Marie Médiatrice de toutes grâces, entendue au sens où Marie coopère à notre Rédemption subjective, c’est-à-dire en distribuant toutes les grâces que le Christ a méritées avec elle au Calvaire. C’est ce qu’enseigne Léon XIII lorsqu’il affirme que de ce grand trésor de grâces que le Christ nous a apporté, rien ne nous est donné sinon par Marie, car telle est la volonté de Dieu (<em>Octobri mense</em> du 22 septembre 1891) »&nbsp;<a href="#_ftn61" id="_ftnref61">[61]</a>.</p>



<p>24. Aux Etats-Unis, Mgr Caillouet&nbsp;<a href="#_ftn62" id="_ftnref62">[62]</a> estime que le Pape devrait définir que Marie est «&nbsp;Corédemptrice du genre humain et Médiatrice de toutes les grâces, car l’Ecriture sainte et la Tradition semblent renfermer d’abondants témoignages de ces prérogatives de la Mère de Dieu&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn63" id="_ftnref63">[63]</a>. On rencontre la même demande chez Mgr Rummel&nbsp;<a href="#_ftn64" id="_ftnref64">[64]</a>&nbsp;: Marie doit être déclarée «&nbsp;Corédemptrice du monde entier&nbsp;» et «&nbsp;Médiatrice de toutes grâces&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn65" id="_ftnref65">[65]</a>.</p>



<p>25. En Afrique du Nord, Mgr Mercier&nbsp;<a href="#_ftn66" id="_ftnref66">[66]</a> compte sur la définition pour faciliter l’apostolat des missionnaires&nbsp;: «&nbsp;Pour aider puissamment au succès de nos Missions en terre d’Islam, c’est le vœu de tous les Missionnaires qu’une définition dogmatique, si tous les éléments doctrinaux en sont solidement établis, proclame la Bienheureuse Vierge Marie Médiatrice universelle de toutes les grâces, de celles surtout qui agrégeront un jour au troupeau de son Divin Fils ses brebis les plus rebelles ! »&nbsp;<a href="#_ftn67" id="_ftnref67">[67]</a>.</p>



<p><strong>&#8211; 8-</strong></p>



<p><strong>Le critère infaillible</strong></p>



<p><strong>d’un dogme de foi catholique</strong></p>



<p>27. Que conclure, sinon que la double vérité de la Corédemption et de la Médiation universelle de Marie est suffisamment attestée par l’enseignement unanime de l’épiscopat catholique&nbsp;et qu’elle l’est infailliblement ?</p>



<p>28. La meilleure synthèse de cet enseignement unanime de l’épiscopat au début des années soixante se trouve chez Son Eminence le cardinal Paul Richaud&nbsp;<a href="#_ftn68" id="_ftnref68">[68]</a>. Juste avant le Concile, celui-ci s’exprima en ces termes : «&nbsp;Une définition concernant la Médiation la bienheureuse Vierge pour la distribution des grâces ainsi que sa qualité de Corédemptrice me semble très souhaitable. En cette matière dogmatique, bien des points ont fait récemment l’objet d’études approfondies et d’un grand nombre de thèses, à l’occasion de plusieurs congrès et dans le cadre de maints travaux théologiques et il en est résulté un consensus assez unanime. Certes, une telle définition pourrait présenter un obstacle de poids à l’unité tant désirée de la sainte Eglise, spécialement en ce qui concerne les protestants et certains schismatiques. Cependant,&nbsp;on peut bien se demander si les précisions et les explications qui seraient fournies lors de la promulgation de ce dogme, en mettant une fois de plus en lumière la Maternité divine de la bienheureuse Vierge Marie sur laquelle tout le monde s’accorde et qui s’avère être comme l’origine et le fondement des prérogatives signalées, la Médiation et la Corédemption, n’apporteraient pas aux hérétiques et aux schismatiques un éclairage opportun en ce domaine »&nbsp;<a href="#_ftn69" id="_ftnref69">[69]</a>.</p>



<p>29. Avec celui du cardinal Roques, cet avis du cardinal Richaud doit retenir toute notre attention, car il synthétise les deux grandes idées qui reviennent sans cesse dans les «&nbsp;vota&nbsp;» des évêques, lorsque ceux-ci réclament la définition des deux privilèges de Marie, sa Corédemption et sa Médiation universelle. Première idée&nbsp;: ces deux vérités sont suffisamment attestées dans les sources de la Révélation et font sans aucun doute possible partie de la profession de foi de l’Eglise. Deuxième idée&nbsp;: la définition solennelle de ces deux vérités, qui en ferait autant de dogmes de foi catholique, loin de mettre un obstacle au retour des hérétiques et des schismatiques séparés de la vraie Eglise, aurait plutôt de quoi les convaincre de revenir à l’unité.</p>



<p>30. La récente «&nbsp;Note doctrinale&nbsp;» du cardinal Fernandez en reçoit ici des coups assez durs.</p>



<p>Abbé Jean-Michel Gleize</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity" />



<p><a href="#_ftnref1" id="_ftn1">[1]</a> <em>Acta concilii oecumenici vaticani secundi</em>, series I antepraeparatoria, vol. II, pars I, p. 381.</p>



<p><a href="#_ftnref2" id="_ftn2">[2]</a> Acta, <em>ibidem</em>, p. 168.</p>



<p><a href="#_ftnref3" id="_ftn3">[3]</a> Acta, <em>ibidem</em>, p. 190.</p>



<p><a href="#_ftnref4" id="_ftn4">[4]</a> Acta, <em>ibidem</em>, p. 190.</p>



<p><a href="#_ftnref5" id="_ftn5">[5]</a> Acta, <em>ibidem</em>, p. 356.</p>



<p><a href="#_ftnref6" id="_ftn6">[6]</a> «&nbsp;Que soit proclamé comme une vérité s’imposant à notre foi que la Très Sainte Vierge Marie est Médiatrice universelle, dans l’obtention et la distribution des grâces divines, médiation subordonnée à la médiation de Jésus, le seul Médiateur » &#8211; Acta, <em>ibidem</em>, p. 491.</p>



<p><a href="#_ftnref7" id="_ftn7">[7]</a> <em>Code de Droit canonique</em> de 1917, canon 1326. La même chose est affirmée dans le nouveau Code de 1983, au canon 753.</p>



<p><a href="#_ftnref8" id="_ftn8">[8]</a> P.A. Liégé, Initiation théologique, t. I «&nbsp;Les sources de la théologie&nbsp;», Cerf, 1962&nbsp;; J. M. Hervé, <em>Manuale theologiae dogmaticae</em>, vol. I «&nbsp;De revelatione christianae&nbsp;; De Ecclesia Christi&nbsp;; De fontibus revelationis&nbsp;», 1952&nbsp;; Jean-Baptiste Franzelin, <em>La Tradition</em>, Courrier de Rome, 2008, thèse 23, n° 498, p. 350&nbsp;; thèse 24, n° 502, p. 354 et n° 504, p. 355.</p>



<p><a href="#_ftnref9" id="_ftn9">[9]</a> Pie XII, Constitution apostolique <em>Munificentissimus Deus</em> du 1<sup>er</sup> novembre 1950 dans Les Enseignements Pontificaux de Solesmes, <em>Notre Dame</em>, n° 492.</p>



<p><a href="#_ftnref10" id="_ftn10">[10]</a> Emanuel Galea (1891-1974), fut nommé en 1942 évêque auxiliaire de Malte. Paul VI le nomma Assistant au trône pontifical, en 1965 à l’occasion du cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale.</p>



<p><a href="#_ftnref11" id="_ftn11">[11]</a> Michael Count Gonzi (1885-1984) fut archevêque de Malte de 1943 à 1976.</p>



<p><a href="#_ftnref12" id="_ftn12">[12]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars II, p. 632.</p>



<p><a href="#_ftnref13" id="_ftn13">[13]</a> Angel Riesco Carbajo (1902-1972) fut nommé en 1957 vicaire général du diocèse d&rsquo;Astorga puis fut évêque auxiliaire de Pampelune de 1958 à 1969.</p>



<p><a href="#_ftnref14" id="_ftn14">[14]</a> Vicente Enrique y Tarancón (1907-1994) fut évêque de Solsona de 1945 à 1964 puis archevêque d&rsquo;Oviedo de 1964 à 1969 et enfin archevêque de Tolède de 1969 à 1971. Créé cardinal en 1969, il est transféré en 1971 à l&rsquo;archidiocèse de Madrid-Alcalá.</p>



<p><a href="#_ftnref15" id="_ftn15">[15]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars I, p. 334.</p>



<p><a href="#_ftnref16" id="_ftn16">[16]</a> Léopold Eijo y Garay (1878-1963) fut évêque de Tuy (1914-1917), de Vitoria (1917-1922) de Madrid-Alacalà (1922-1963) et Patriarche des Indes Occidentales (1946-1963).</p>



<p><a href="#_ftnref17" id="_ftn17">[17]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars II, p. 218.</p>



<p><a href="#_ftnref18" id="_ftn18">[18]</a> Rafael Balanzá y Navarro (1880-1960) fut évêque auxiliaire de Tolède (1924-1928) puis évêque de Lugo (1928-1960).</p>



<p><a href="#_ftnref19" id="_ftn19">[19]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars II, p. 212.</p>



<p><a href="#_ftnref20" id="_ftn20">[20]</a> Alfonso Rodenas Garcia (1895-1965) fut évêque de Almería de 1947 à sa mort.</p>



<p><a href="#_ftnref21" id="_ftn21">[21]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars II, p. 130.</p>



<p><a href="#_ftnref22" id="_ftn22">[22]</a> Gregorio Modrego y Casaus (1890-1972) fut évêque auxiliaire de Tolède en 1936, évêque titulaire d’Aezani (1936-1942), puis évêque (1942-1952) et archevêque (1952-1967) de Barcelone et enfin archevêque titulaire de Mons en Numidie (1967-1970).</p>



<p><a href="#_ftnref23" id="_ftn23">[23]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars II, p. 151.</p>



<p><a href="#_ftnref24" id="_ftn24">[24]</a> Abilio del Campo y de la Bárcena (1908-1980) fut évêque auxiliaire de Calahorra y La Calzada (1952-1953) puis évêque de ce même siège (1953-1959) et enfin évêque de Calahorra y La Calzada-Logroño (1959-1976).</p>



<p><a href="#_ftnref25" id="_ftn25">[25]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars II, p. 163.</p>



<p><a href="#_ftnref26" id="_ftn26">[26]</a> José Bascunana Llopez (1905-1979) fut évêque de Ciudad Rodrigo de 1955 à 1964 puis de Solsona, de 1964 à 1977.</p>



<p><a href="#_ftnref27" id="_ftn27">[27]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars II, p. 166.</p>



<p><a href="#_ftnref28" id="_ftn28">[28]</a> Manuel Llopis Ivorra (1902-1981) fut évêque de Coria-Caceres de 1950 à 1977.</p>



<p><a href="#_ftnref29" id="_ftn29">[29]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars II, p. 168.</p>



<p><a href="#_ftnref30" id="_ftn30">[30]</a> Patrick O’Boyle (1887-1971) &#8211; à ne pas confondre avec le cardinal archevêque de Washington du même nom (1896-1987) &#8211; fut évêque de Killila de 1950 à sa mort en 1971.</p>



<p><a href="#_ftnref31" id="_ftn31">[31]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars II, p. 89.</p>



<p><a href="#_ftnref32" id="_ftn32">[32]</a> Norberto Perini (1888-1977) fut évêque de Fermo de 1942 à 1976.</p>



<p><a href="#_ftnref33" id="_ftn33">[33]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars III, p. 257.</p>



<p><a href="#_ftnref34" id="_ftn34">[34]</a> Paolo Galeazzi (1885-1971) fut évêque de Grosseto de 1932 à 1963.</p>



<p><a href="#_ftnref35" id="_ftn35">[35]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars III, p. 314.</p>



<p><a href="#_ftnref36" id="_ftn36">[36]</a> Francesco Pieri (1902-1961) fut évêque d’Orvieto de 1942 à 1961.</p>



<p><a href="#_ftnref37" id="_ftn37">[37]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars III, p. 479.</p>



<p><a href="#_ftnref38" id="_ftn38">[38]</a> Mario Longo Dorni (1907-1985) fut évêque de Pistoie de 1954 à 1981.</p>



<p><a href="#_ftnref39" id="_ftn39">[39]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars III, p. 544-545.</p>



<p><a href="#_ftnref40" id="_ftn40">[40]</a> Gaetano De Cicco (1880-1962) fut évêque de Sessa Aurunca de 1939 à 1962.</p>



<p><a href="#_ftnref41" id="_ftn41">[41]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars III, p. 612.</p>



<p><a href="#_ftnref42" id="_ftn42">[42]</a> Giuseppe Carraro (1899-1980) fut évêque auxiliaire de Trévise de 1952 à 1956, évêque de Vittorio Veneto de 1956 à 1958 puis évêque de Vérone de 1958 à 1978.</p>



<p><a href="#_ftnref43" id="_ftn43">[43]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars III, p. 738.</p>



<p><a href="#_ftnref44" id="_ftn44">[44]</a> Andrei Apollon Katkoff (1916-1995) fut évêque titulaire de Nauplia de 1958 à 1977 et visiteur apostolique pour les fidèles russes de l’église gréco-russe catholique, de rite byzantin</p>



<p><a href="#_ftnref45" id="_ftn45">[45]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars III, p. 884.</p>



<p><a href="#_ftnref46" id="_ftn46">[46]</a> Pietro Severi (1903-1984) fut évêque auxiliaire de Palestrina en 1948, évêque de Segni de 1953 à 1957, évêque titulaire de Pergame de 1957 à 1966, et enfin évêque de Palestrina de 1966 à 1975.</p>



<p><a href="#_ftnref47" id="_ftn47">[47]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars III, p. 889.</p>



<p><a href="#_ftnref48" id="_ftn48">[48]</a> Stanislaw Czajka (1897-1965) fut évêque auxiliaire de Czestochowa de 1944 à 1965.</p>



<p><a href="#_ftnref49" id="_ftn49">[49]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars II, p. 692.</p>



<p><a href="#_ftnref50" id="_ftn50">[50]</a> Wlodzimierz Bronislaw Jasinski (1873-1965) fut évêque de Sandomierz de 1930 à 1934, évêque de Lodz de 1934 à 1946 puis évêque titulaire de Drizipara de 1946 à 1965.</p>



<p><a href="#_ftnref51" id="_ftn51">[51]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars II, p. 708.</p>



<p><a href="#_ftnref52" id="_ftn52">[52]</a> Jan Czerniak (1906-1999) fut évêque auxiliaire de Gniezno de 1958 à 1999.</p>



<p><a href="#_ftnref53" id="_ftn53">[53]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars II, p. 714.</p>



<p><a href="#_ftnref54" id="_ftn54">[54]</a> Michal Blecharczyk (1905-1965) fut évêque auxiliaire de Tarnow de 1958 à 1965.</p>



<p><a href="#_ftnref55" id="_ftn55">[55]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars II, p. 723.</p>



<p><a href="#_ftnref56" id="_ftn56">[56]</a> Karol Pekala (1902-1968) fut évêque auxiliaire de Tarnow, de 1946 à 1968.</p>



<p><a href="#_ftnref57" id="_ftn57">[57]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars II, p. 769-770.</p>



<p><a href="#_ftnref58" id="_ftn58">[58]</a> Je tiens à remercier ici mon confrère Monsieur l’abbé Philippe Lovey, pour m’avoir apporté son aide précieuse dans le recensement de ces «&nbsp;vota&nbsp;».</p>



<p><a href="#_ftnref59" id="_ftn59">[59]</a> Matteo Aloisio Niedhammer y Yaeckle (1901-1970) fut vicaire apostolique de Bluefields, au Nicaragua, de 1943 à 1970.</p>



<p><a href="#_ftnref60" id="_ftn60">[60]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars VI, p. 629.</p>



<p><a href="#_ftnref61" id="_ftn61">[61]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars VI, p. 628-630.</p>



<p><a href="#_ftnref62" id="_ftn62">[62]</a> Louis Abel Caillouet (1900-1984) fut évêque auxiliaire de Nouvelle-Orléans (en Louisiane) de 1947 à 1976.</p>



<p><a href="#_ftnref63" id="_ftn63">[63]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars VI, p. 511.</p>



<p><a href="#_ftnref64" id="_ftn64">[64]</a> Joseph Francis Rummel (1876-1964) fur évêque de Omaha (en Nebraska) de 1928 à 1935 puis archevêque de Nouvelle Orléans de 1935 à 1964.</p>



<p><a href="#_ftnref65" id="_ftn65">[65]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars VI, p. 383-384.</p>



<p><a href="#_ftnref66" id="_ftn66">[66]</a> Georges-Louis Mercier (1902-1991) fut évêque de Laghouat en Algérie, de 1955 à 1991.</p>



<p><a href="#_ftnref67" id="_ftn67">[67]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars V, p. 110.</p>



<p><a href="#_ftnref68" id="_ftn68">[68]</a> Paul-Marie Richaud (1887-1968) fut évêque auxiliaire de Versailles de 1933 à 1938, évêque de Laval de 1938 à 1950 et archevêque de Bordeaux de 1950 à 1968.</p>



<p><a href="#_ftnref69" id="_ftn69">[69]</a> Acta, <em>ibidem</em>, vol. II, pars I, p. 229-230.</p>



<p></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>UNE NOTE BIEN CONSTRUITE</title>
		<link>https://courrierderome.org/une-note-bien-construite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Michel Gleize]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Dec 2025 20:29:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courrier de Rome]]></category>
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					<description><![CDATA[1. Le 4 novembre dernier le cardinal Victor Manuel Fernandez, en sa qualité de Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, a rendu publique une « Note&#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>1. Le 4 novembre dernier le cardinal Victor Manuel Fernandez, en sa qualité de Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, a rendu publique une « Note doctrinale sur certains titres mariaux qui se réfèrent à la coopération de Marie à l’œuvre du salut ». Intitulée <em>Mater populi fidelis</em>, cette Note a été élaborée lors de la session ordinaire du Dicastère, le 26 mars 2025, et le Pape Léon XIV en a ordonné la publication le 7 octobre suivant.</p>



<p>2. L’objet de ce document est indiqué au n° 3&nbsp;: il s’agit d’abord d’une question de mots à employer&nbsp;: quelles sont les expressions les mieux adaptées pour formuler avec exactitude le rôle que la Sainte Vierge joue dans l’économie du salut, en particulier le rôle qui l’associe à l’œuvre rédemptrice du Christ&nbsp;? Ces expressions sont en effet des titres que l’on doit attribuer à la sainte Vierge. Quels sont parmi ceux que la dévotion a utilisés jusqu’ici ceux que l’on doit retenir et quels sont ceux qu’il convient d’éviter ou même d’abandonner dans la mesure où ils ne rendent pas, de la réalité du mystère de Marie, un compte suffisamment exact ou du moins suffisamment dénué d’équivoques&nbsp;? C’est ainsi que «&nbsp;le présent document cherche à préserver l’équilibre nécessaire qui doit s’établir, dans les mystères chrétiens, entre l’unique médiation du Christ et la coopération de Marie à l’œuvre du salut, et il entend montrer aussi comment celle-ci s’exprime dans divers titres mariaux&nbsp;».</p>



<p>3. Derrière cette question des mots se pose donc une autre question plus fondamentale, qui est la question de la réalité&nbsp;: la réalité du mystère de Marie. Car le mot est là pour désigner la chose, ou plus exactement pour en signifier la définition. Et si la chose n’existe pas, il est clair que non seulement le mot n’a plus de raison d’être, mais qu’aussi son usage en deviendrait trompeur et nuisible. Si le mystère de Marie n’est pas ce que l’on a cru jusqu’ici, les mots utilisés pour le dire jusqu’ici sont inutiles et dangereux. Nous avons là un rapport de cause à effet, avec ceci de particulier que la cause est ici seulement présupposée, à titre d’hypothèse à vérifier. Les logiciens désignent ce type de rapport comme une «&nbsp;conséquence&nbsp;». Il y a là la nécessité du lien logique qui existe entre la cause qui joue le rôle d’une condition (ou d’un antécédent) et l’effet qui en dépend (et qui joue le rôle d’un conséquent). Cette conséquence est déjà manifeste par elle-même. Et c’est précisément la vérité de son antécédent qui est d’abord vérifiée et affirmée par la Note doctrinale du Dicastère pour la doctrine de la foi, pour pouvoir ensuite affirmer la vérité de son conséquent. Le mystère de Marie, nous dit-on, n’est pas celui d’une créature qui concourrait avec le Christ à l’œuvre du rachat de toute l’humanité et ce n’est pas non plus celui d’une créature qui concourrait avec le Christ à distribuer à toute l’humanité les grâces méritées par ce rachat. Par conséquent, il est inutile et dangereux de nommer Marie «&nbsp;corédemptrice&nbsp;» et «&nbsp;médiatrice&nbsp;de toutes grâces&nbsp;». Telle est, en substance, l’architecture de <em>Mater populi fidelis</em>, un texte rigoureusement construit en parfaite logique.</p>



<p>4. Pour en mesurer toute la portée, il convient donc d’envisager la double réponse que l’on doit apporter à cette double question, et de l’envisager surtout dans l’ordre requis. Quelle est, d’après les données de la Révélation divine, la définition exacte du mystère particulier de Marie, dans le cadre du mystère général de la Rédemption&nbsp;? Quels sont les mots appropriés que le Magistère de l’Eglise entend utiliser pour désigner ce mystère, tel que Dieu l’a révélé, et le proposer à la foi des fidèles&nbsp;?</p>



<p>Abbé Jean-Michel Gleize</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>En faveur de la vie ?</title>
		<link>https://courrierderome.org/en-faveur-de-la-vie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard De Lacoste]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Oct 2025 09:40:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courrier de Rome]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://courrierderome.org/?p=27069</guid>

					<description><![CDATA[Le pape Léon&#160;XIV, tranchant avec la réserve observée jusque-là, a affirmé lors d’un entretien à la presse, le 30 septembre 2025, à Castel Gandolfo&#160;: «&#160;Une personne qui affirme&#160;:&#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Le pape Léon&nbsp;XIV, tranchant avec la réserve observée jusque-là, a affirmé lors d’un entretien à la presse, le 30 septembre 2025, à Castel Gandolfo&nbsp;:</p>



<p><a>«</a>&nbsp;Une personne qui affirme&nbsp;: “Je suis contre l’avortement” mais qui soutient la peine de mort n’est pas véritablement en faveur de la vie&nbsp;<a>»</a><a href="#_ftn1" id="_ftnref1">[1]</a>.</p>



<p>Cette affirmation, qui a causé du trouble parmi les catholiques américains, mérite d’être analysée. Le pape sous-entend que celui qui milite en faveur de la vie doit s’opposer non seulement à l’avortement, mais aussi à la peine de mort. Ces deux combats, aux yeux du pape, se fonderaient sur le même principe. Il y aurait une incohérence à s’opposer à l’avortement tout en soutenant la peine de mort.</p>



<p>En réalité, il existe une différence fondamentale entre l’avortement et la peine de mort. Dans le premier cas, il s’agit de la mise à mort d’un innocent, qui en plus n’a aucun moyen de se défendre. Dans le deuxième cas, il s’agit de la mise à mort d’un coupable. Souvent, ce coupable est un criminel qui a tué des innocents et qui pourrait récidiver.</p>



<p>Selon Léon&nbsp;XIV, soutenir la peine de mort n’est pas compabible avec le fait d’être “en faveur de la vie”. Mais alors le Magistère unanime de l’Église pendant vingt siècles doit être considéré comme n’ayant pas été en faveur de la vie. En effet, les papes et les conciles, jusqu’au début du 21<sup>e</sup> siècle, ont enseigné que la peine de mort, dans certains cas, était permise moralement<a href="#_ftn2" id="_ftnref2">[2]</a>. Dans l’encyclique <em>Casti</em> <em>connubii </em>de 1930, le pape Pie&nbsp;XI, s’élevant avec force contre le crime de l’avortement, écrivait&nbsp;: «&nbsp;Le droit de punir de mort ne vaut que contre les coupables. Il ne vaut pas contre les innocents&nbsp;»<a href="#_ftn3" id="_ftnref3">[3]</a>.</p>



<p>On pourrait objecter le cinquième commandement du Décalogue&nbsp;: «&nbsp;Tu ne tueras pas&nbsp;»<a href="#_ftn4" id="_ftnref4">[4]</a>. Saint Augustin et saint Thomas ont répondu à l’objection. Ce précepte interdit de tuer l’innocent. Mais il n’est pas injuste de tuer les malfaiteurs ou les ennemis de l’État. Cela ne va pas contre ce précepte du Décalogue<a href="#_ftn5" id="_ftnref5">[5]</a>.</p>



<p>Si un objectant insiste en invoquant le droit à la vie possédé par tout être humain, nous répondons en citant le pape Pie&nbsp;XII dans son discours du 14 septembre 1952&nbsp;: «&nbsp;Même quand il s’agit de l’exécution d’un condamné à mort, <a>l’État ne dispose pas du droit de l’individu à la vie</a>. Il est réservé alors au pouvoir public de priver le condamné du bien de la vie, en expiation de sa faute, après que, par son crime, il s’est déjà dépossédé de son droit à la vie&nbsp;».</p>



<p>Il faut plutôt se demander si l’opposition à la peine de mort est vraiment un comportement en faveur de la vie. Si un criminel a tué sauvagement une multitude d’innocents et si, dépourvu de toute contrition, il souhaite récidiver, se comporter en faveur de la vie consiste-t-il à protéger à tout prix la vie de ce criminel ou bien plutôt à protéger la vie des paisibles citoyens innocents qui risquent de se faire assassiner&nbsp;? Défendre la vie humaine, n’est-ce pas punir sévèrement ceux qui la détruisent et établir une législation apte à dissuader les assassins potentiels pour protéger les innocents&nbsp;?</p>



<p>Et que dire de la légitime défense et de la guerre juste&nbsp;? L’homme qui tue son injuste agresseur ou le soldat qui tue l’envahisseur de sa patrie mérite-t-il le reproche de Léon&nbsp;XIV de ne pas être «&nbsp;pro-vie&nbsp;»&nbsp;? Ce reproche ne doit-il pas tomber plutôt sur l’injuste agresseur, ennemi de la vie humaine&nbsp;?</p>



<p>Il n’y a donc aucune incohérence, mais au contraire une parfaite logique, à se battre contre l’avortement tout en soutenant la légitimité de la peine de mort pour certains dangereux criminels multirécidivistes.</p>



<p>Abbé Bernard de Lacoste</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity" />



<p><a href="#_ftnref1" id="_ftn1">[1]</a> Voir le site <em>la-croix.com</em> du 1<sup>er</sup> octobre 2025.</p>



<p><a href="#_ftnref2" id="_ftn2">[2]</a> Voir les articles de l’abbé J.-M. Gleize dans <em>Super hanc petram</em>, t. 2, pp. 135-140 et 159-169.</p>



<p><a href="#_ftnref3" id="_ftn3">[3]</a> Dz 3720.</p>



<p><a href="#_ftnref4" id="_ftn4">[4]</a> Exode, XX, 13.</p>



<p><a href="#_ftnref5" id="_ftn5">[5]</a> <em>Somme théologique</em>, Ia IIae, q. 100, art. 8, ad 3.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La Charte des Espagnols</title>
		<link>https://courrierderome.org/la-charte-des-espagnols/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard De Lacoste]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Oct 2025 09:38:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courrier de Rome]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://courrierderome.org/?p=27067</guid>

					<description><![CDATA[Il existe en Espagne un processus constitutionnel ouvert, amorcé en 1938 et constitué par une série de lois qui, en raison de leur nature normative, sont appelées fondamentales.&#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Il existe en Espagne un processus constitutionnel ouvert, amorcé en 1938 et constitué par une série de lois qui, en raison de leur nature normative, sont appelées fondamentales. Le <a><em>Fuero de los Españoles </em></a>(la Charte des Espagnols) en fait partie. Il date du 18 juillet 1945. Son article VI a fait l’objet de plusieurs controverses. Certains à l’époque l’ont trouvé trop libéral, d’autres au contraire trop rigide et pas suffisamment tolérant vis-à-vis des religions non catholiques. Est-il conforme à la doctrine catholique concernant les relations Église-État&nbsp;? Pourquoi a-t-il fallu le modifier au lendemain du 2<sup>e</sup> concile du Vatican&nbsp;?</p>



<ol class="wp-block-list">
<li>L’article VI du <em>Fuero de los Españoles</em></li>
</ol>



<p>Il est rédigé en ces termes&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;La profession et la pratique de la religion catholique, qui est celle de l&rsquo;État espagnol, jouira de la protection officielle. Personne ne sera inquiété pour ses croyances religieuses, ni pour l&rsquo;exercice privé de son culte. Il ne sera pas permis d&rsquo;autres cérémonies, ni d&rsquo;autres manifestations extérieures que celles de la religion catholique&nbsp;»<a href="#_ftn1" id="_ftnref1">[1]</a>.</p>



<p>En réalité, ce n’est pas vraiment une nouveauté. C’est un retour à l’article 11 de la Constitution du 30 juin 1876&nbsp;: «&nbsp;La religion catholique, apostolique et romaine est la religion de l’État. La nation s’oblige à entretenir le culte et ses ministres. — Nul ne pourra être inquiété sur le territoire espagnol pour ses opinions religieuses ni pour l’exercice de son culte, sauf le respect dû à la morale chrétienne. — Sont prohibées toutefois les manifestations et cérémonies publiques d’une religion autre que celle de l’État&nbsp;». Mais la Constitution de 1931 abrogea cet article et inscrivit à l’article 3&nbsp;: «&nbsp;L&rsquo;État Espagnol n&rsquo;a pas de religion officielle&nbsp;». L&rsquo;article 27 de la Constitution de 1931 reconnaît la liberté de conscience et de culte, bien que les «&nbsp;manifestations publiques de culte&nbsp;» soient soumises à l&rsquo;autorisation préalable du gouvernement. Cette Constitution est restée en vigueur jusqu’à la fin de la guerre civile espagnole en 1939. Le régime franquiste n’a jamais caché sa proximité avec le Vatican. Une fois vainqueur, le général Franco voulut revenir à une législation conforme à la doctrine catholique. C’est ce qu’il fit en 1945.</p>



<p>En 1948, les Métropolitains d&rsquo;Espagne (les archevêques placés à la tête d’une Province ecclésiastique) déclarèrent que cette tolérance du culte privé n&rsquo;avait pas été inscrite à l&rsquo;article VI du <em>Fuero</em> sans le consentement du Saint-Siège<a href="#_ftn2" id="_ftnref2">[2]</a>.</p>



<p>Cet article VI sera repris dans le «&nbsp;protocole final&nbsp;» du concordat signé le 27 août 1953 avec le Saint-Siège, avec une nuance cependant&nbsp;: le culte public des religions non catholiques est toléré dans les territoires d’Afrique du nord appartenant à l’Espagne<a href="#_ftn3" id="_ftnref3">[3]</a>. Le législateur a ici en vue les villes de Ceuta et de Melilla, géographiquement marocaines mais sous souveraineté espagnole, où l’islam est très important.</p>



<p>Concrètement, cette charte signifie que lorsque des non-catholiques, chrétiens ou non, veulent pratiquer leur religion en Espagne, ils ne seront pas inquiétés si l’exercice de leur culte est privé, par exemple s’il a lieu dans une pièce de leur habitation. En revanche, il leur est interdit de pratiquer leur culte publiquement, même si ce culte ne nuit aucunement à l’ordre public.</p>



<p>Chaque mot est bien pesé. La charte ne dit pas que les non-catholiques ont le droit de croire en ce qu’enseigne leur religion ou de pratiquer le culte en privé. Elle dit seulement qu’ils ne seront pas inquiétés s’ils le font. Il s’agit donc non d’un droit mais d’une simple tolérance. Cette doctrine est conforme à l’enseignement de Pie XII dans son discours <em>Ci Riesce</em> à des juristes italiens le 6 décembre 1953&nbsp;: «&nbsp;Ce qui ne correspond pas à la vérité et à la loi morale n’a objectivement aucun droit ni à l’assistance ni à la propagande ni à l’action&nbsp;».</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Commentaire du cardinal Ottaviani</li>
</ul>



<p>Le 3 mars 1953, le cardinal Alfredo Ottaviani, alors pro-secrétaire de la Congrégation du Saint-Office, prononçait à Rome, à l’Athénée Pontifical du Latran, une allocution consacrée principalement au problème des relations entre l’Église et l’État, et qui allait connaître un grand retentissement. Vu l’importance du sujet abordé et la clarté de son exposition, vu aussi que le cardinal mentionne explicitement l’exemple du <em>Fuero de los Españoles</em>, nous citons ci-dessous un large extrait de ce discours&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;(…) Tout le monde sait que dans certains pays dont la population est catholique en majorité absolue, la religion catholique, dans leurs Constitutions respectives, a été proclamée religion d’État. Je citerai, à titre d’exemple, le cas le plus typique, celui de l’Espagne.</p>



<p>Dans le <em>Fuero de los Españoles</em>, la charte fondamentale des droits et des devoirs du citoyen espagnol, à l’article 6, il est établi ce qui suit :</p>



<p>“La profession et la pratique de la religion catholique, qui est la religion de l’État espagnol, jouiront de la protection officielle. Personne ne sera inquiété ni pour ses croyances religieuses, ni dans l’exercice privé de son culte. Ne seront permises ni cérémonies ni manifestations extérieures autres que celles de la religion de l’État”.</p>



<p>Ces positions ont soulevé les protestations de nombreux non-catholiques et incroyants&nbsp;; mais, ce qui est déplaisant, c’est qu’elles aient été considérées comme anachroniques même par certains catholiques qui veulent penser que l’Église peut trouver un mode de vie pacifique avec la pleine possession de ses droits dans un État laïque ne comprenant pourtant que des catholiques.</p>



<p>On sait la controverse engagée récemment dans un pays d’outre-océan entre deux auteurs de tendances opposées, dans laquelle le tenant de la thèse indiquée affirme :</p>



<p>1. L’État, à proprement parler, ne peut pas accomplir un acte de religion (l’État étant un pur symbole ou un ensemble d’institutions) ;</p>



<p>2. “Une inférence immédiate de l’ordre de la vérité éthique et théologique à l’ordre de la loi constitutionnelle est, en principe, dialectiquement impossible”. Ce qui veut dire que l’obligation pour l’État de rendre un culte à Dieu ne pourrait jamais rentrer dans la sphère constitutionnelle.</p>



<p>3. Enfin, même pour un État composé de catholiques, il n’y a pas d’obligation de professer la religion catholique&nbsp;; quant à celle de la protéger, elle ne devient efficace que dans des circonstances déterminées, et fort précisément quand la liberté de l’Église ne peut pas être garantie autrement.</p>



<p>De là ces attaques portées contre la doctrine exposée dans les manuels de droit public ecclésiastique par des auteurs qui oublient que cette doctrine est fondée, en très grande partie, sur la doctrine exposée dans les documents pontificaux.</p>



<p>Or s’il est une vérité certaine et indiscutable parmi les principes généraux du droit public ecclésiastique, c’est celle du devoir des gouvernants d’un État composé en quasi-totalité de catholiques et, par conséquence logique, dirigé par des catholiques, d’imprimer un sens catholique à la législation.</p>



<p>Ce qui comporte trois conséquences immédiates :</p>



<p>1. La profession sociale et non pas seulement privée de la religion du peuple ;</p>



<p>2. L’inspiration chrétienne de la législation ;</p>



<p>3. La défense du patrimoine religieux du peuple contre toute attaque de ceux qui voudraient lui arracher le trésor de sa foi et de la paix religieuse.</p>



<p>J’ai dit en premier lieu que l’État a le devoir de professer même socialement sa religion.</p>



<p>Les hommes socialement unis, ne sont pas moins soumis à la sujétion de Dieu qu’ils ne le sont comme individus, et la société civile, non pas moins que les individus, est débitrice envers Dieu, “à la puissance de qui elle doit la vie, par la providence de qui elle se conserve, par le bienfait de qui elle doit l’abondance, sans mesure, des biens dont elle est comblée” (<em>Immortale Dei</em>, <em>Act</em>. Léon XIII, vol. V, p. 122).</p>



<p>Donc, de même qu’il n’est permis à personne de négliger ses devoirs envers Dieu et envers la Religion, suivant laquelle Dieu veut être honoré, de même “les États ne peuvent pas, sans commettre de crime, se comporter comme si Dieu n’existait pas et rejeter le souci de la religion comme hors de propos et sans utilité” (<em>Immortale Dei</em>, <em>Act</em>. Léon XIII, vol. V, p. 123).</p>



<p>Pie&nbsp;XII renforce cet enseignement lorsqu’il condamne “l’erreur que contiennent ces opinions qui n’hésitent pas à priver l’autorité civile de toute dépendance envers l’Etre suprême, Cause première et Maître absolu autant de l’homme que de la société, et de tout lien d’une loi transcendante qui dérive de Dieu comme de la première Source, et qui accordent à cette société civile la faculté illimitée d’action abandonnée aux eaux changeantes de l’arbitraire ou aux seules suggestions d’exigences historiques contingentes et d’intérêts relatifs”.</p>



<p>Et plus loin, l’Auguste Pontife met en évidence quelles désastreuses conséquences découlent de cette erreur même pour la liberté et pour les droits de l’homme : “Une fois refusées l’autorité de Dieu et la puissance de sa loi, le pouvoir civil, par une conséquence inéluctable, tend à s’attribuer cette autonomie absolue qui appartient seulement à l’Auteur Suprême et à se substituer au Tout-Puissant, élevant l’État ou la collectivité au rang de l’ultime fin de la vie, et faisant de lui le critère souverain de l’ordre moral et juridique” (<em>Summi Pontificatus</em>, A.A.S., vol. XXXI, p. 446).</p>



<p>J’ai dit en second lieu que c’est le devoir des gouvernants d’informer l’activité sociale et la législation des principes moraux de la religion.</p>



<p>C’est là une conséquence du devoir religieux et du devoir de soumission envers Dieu non seulement individuellement mais encore socialement, et cela pour l’avantage certain du véritable bien-être du peuple.</p>



<p>Contre l’agnosticisme moral et religieux de l’État et de ses lois, Pie&nbsp;XII confirmait le concept de l’État chrétien dans son auguste <em>Lettre</em> du 19 octobre 1945 pour la XIX<sup>e</sup> Semaine Sociale des catholiques italiens, dont le sujet d’étude était précisément le problème de la nouvelle Constitution.</p>



<p>“A bien réfléchir sur les conséquences funestes qu’apporterait au sein même de la société et dans son histoire mouvante une Constitution qui, abandonnant la “pierre angulaire” de la conception chrétienne de la vie, tenterait de se fonder sur l’agnosticisme moral et religieux, tout catholique comprendra facilement que, maintenant, la question qui, plus que toute autre, doit attirer son attention et aiguillonner son activité, consiste à assurer à la génération présente et aux générations futures le bienfait d’une loi fondamentale de l’État qui ne s’oppose pas aux sains principes religieux et moraux, mais qui y puise plutôt une vigoureuse inspiration, et qui en proclame et en poursuive savamment les hautes finalités” (A.A.S., vol. XXXVII, p. 274).</p>



<p>En troisième lieu, j’ai dit que c’est le devoir des gouvernants d’un État catholique de défendre contre toute atteinte l’unité religieuse d’un peuple qui se sent unanimement en possession tranquille de la vérité religieuse. Sur ce point, nombreux sont les documents dans lesquels le Saint-Père affirme les principes énoncés par ses prédécesseurs, et spécialement par Léon&nbsp;XIII.</p>



<p>Pour condamner l’indifférentisme religieux de l’État, si Léon&nbsp;XIII en appelle au droit divin dans l’Encyclique <em>Immortale Dei</em>, il en appelle aussi, dans l’Encyclique <em>Libertas</em>, aux principes de la justice et à la raison. Dans <em>Immortale Dei</em>, il met en évidence que les gouvernants ne peuvent pas “adopter pour plusieurs genres de cultes indifféremment ce qui leur plaît, parce que – précise-t-il – ils sont obligés en ce qui concerne le culte divin, de suivre les lois et les modes… <em>quo coli se Deus ipse demonstravit velle”</em><a href="#_ftn4" id="_ftnref4">[4]</a> (<em>Immortale Dei</em>, Act. Léon XIII, vol. V, p. 123). Et dans l’Encyclique <em>Libertas</em>, il se fait pressant, en appelant à la justice et à la raison&nbsp;: “La justice interdit, la raison interdit que l’État soit athée ou, ce qui reviendrait à l’athéisme, qu’il se comporte de la même manière à l’égard des religions diverses (comme on l’a dit), et qu’à chacune d’elles de mêmes droits soient accordés” (<em>Acta</em> Leonis XIII, vol. VIII, p. 231).</p>



<p>Le Pape se réfère à la justice et à la raison, parce qu’il n’est pas juste d’attribuer les mêmes droits au bien et au mal, à la vérité et à l’erreur. La raison se révolte à l’idée que, pour condescendre aux exigences d’une petite minorité, on lèse les droits, la foi et la conscience de la quasi-totalité du peuple, et que l’on trahisse ce peuple en permettant à ceux qui tendent des pièges à sa foi de créer dans son sein une scission avec toutes les suites de la lutte religieuse&nbsp;»<a href="#_ftn5" id="_ftnref5">[5]</a>.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Une doctrine traditionnelle</li>
</ul>



<p>Ce discours de celui qui deviendra en 1965 préfet du Saint-Office a le mérite de montrer que cette doctrine enseignée par Léon&nbsp;XIII et Pie&nbsp;XII est parfaitement logique, cohérente et raisonnable. On pourrait aussi citer l’encyclique <em>Quanta cura</em> du pape Pie&nbsp;IX, l’encyclique <em>Vehementer nos</em> du pape saint Pie&nbsp;X et la <em>Lettre</em> du 30 mai 1929 <em>au cardinal Gasparri sur les Traités du Latran</em> du pape Pie&nbsp;XI, sans oublier les papes Innocent&nbsp;III et Boniface&nbsp;VIII, pour montrer qu’il ne s’agit pas d’une doctrine isolée, mais bien du Magistère constant de l’Église.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>L’opinion du primat d’Espagne</li>
</ul>



<p>Le cardinal Enrique Pla y Deniel, archevêque de Tolède et donc primat d’Espagne, a lui aussi commenté en 1953 l’article VI du <em>Fuero de los Españoles</em>&nbsp;: «&nbsp;De nos jours, avec la facilité des communications dans le monde entier, il existe de fait en Espagne un nombre appréciable d’étrangers de différentes confessions religieuses, et quelques-uns sont sans doute de bonne foi&nbsp;; par suite, afin d’éviter des maux plus grands, il est rationnel, il est prudent de tolérer le culte privé, mais en aucun cas le culte public ou la propagande contre la religion catholique, vu qu’aucun fondement rationnel ne la sous-tend. (…) Eu égard aux étrangers résidant en Espagne et face aux représentations de quelque puissance étrangère non catholique (&#8230;), la tolérance du culte privé dissident fut insérée dans l’article 6 de la <em>Charte des Espagnols</em>, après consultation préalable avec le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Si%C3%A8ge">Saint-Siège</a>. (…) Tolérez le culte privé, mais interdisez le culte public et toutes les cérémonies et manifestations extérieures de confessions non catholiques. Serait considérée comme manifestation extérieure toute réunion publique, tout attroupement de rue, toute exposition extérieure d’une chapelle publique non catholique, dans les prisons, etc. Tolérons que les non catholiques, en leur grande majorité étrangers, exercent leur culte privé, mais qu’ils ne fassent pas de propagande <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Pros%C3%A9lytisme">prosélyte</a> pour leurs erreurs, qu’ils ne tentent pas de convertir les fidèles catholiques à leurs sectes. Tout cela serait une interprétation abusive de l’article&nbsp;6 de la <em>Charte des Espagnols</em>, qui n’établit pas la liberté des cultes, et serait de nature à perturber l’unité et la paix religieuses, et irait à l’encontre de l’ordre public et du bien commun de notre catholique Espagne&nbsp;»<a href="#_ftn6" id="_ftnref6">[6]</a>.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>La rupture opérée à Vatican II</li>
</ul>



<p>Et pourtant, le concile Vatican II a modifié cet enseignement. Dans la déclaration <em>Dignitatis humanæ</em>, promulguée le 7 décembre 1965, au numéro 2, il est écrit&nbsp;: «&nbsp;Ce Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être exempts de toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres. Il déclare, en outre, que le droit à la liberté religieuse a son fondement réel dans la dignité même de la personne humaine telle que l’ont fait connaître la Parole de Dieu et la raison elle-même. Ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse dans l’ordre juridique de la société doit être reconnu de telle manière qu’il constitue un droit civil.</p>



<p>En vertu de leur dignité, tous les hommes, parce qu’ils sont des personnes, c’est-à-dire doués de raison et de volonté libre, et, par suite, pourvus d’une responsabilité personnelle, sont pressés, par leur nature même, et tenus, par obligation morale, à chercher la vérité, celle tout d’abord qui concerne la religion. Ils sont tenus aussi à adhérer à la vérité dès qu’ils la connaissent et à régler toute leur vie selon les exigences de cette vérité. Or, à cette obligation, les hommes ne peuvent satisfaire, d’une manière conforme à leur propre nature, que s’ils jouissent, outre de la liberté psychologique, de l’exemption de toute contrainte extérieure. Ce n’est donc pas sur une disposition subjective de la personne, mais sur sa nature même, qu’est fondé le droit à la liberté religieuse. C’est pourquoi le droit à cette exemption de toute contrainte persiste en ceux-là mêmes qui ne satisfont pas à l’obligation de chercher la vérité et d’y adhérer ; son exercice ne peut être entravé, dès lors que demeure sauf un ordre public juste&nbsp;»<a href="#_ftn7" id="_ftnref7">[7]</a>.</p>



<p>Il apparaît donc que l’article VI du <em>Fuero de los Españoles</em> est opposé à cet enseignement nouveau. En effet, Vatican II demande que tous les hommes, catholiques ou non, puissent exercer leur culte même en public, sans qu’on puisse les en empêcher. La seule limite donnée est l’ordre public. Or, la loi de caractère fondamental du 17 mai 1958 dit que la législation espagnole doit s’inspirer de la doctrine de l’Église catholique. Logiquement, la constitution espagnole allait donc devoir être modifiée pour se conformer à la modification de la doctrine enseignée par le Saint-Siège.</p>



<p>Voici un extrait du discours de Franco à la séance extraordinaire des Cortès (le parlement espagnol) du 22 novembre 1966&nbsp;: «&nbsp;Le <em>Fuero de los Españoles</em> ne nécessite pas de réforme substantielle. Son esprit, fondé sur un personnalisme chrétien équilibré par l’idée du bien commun, est permanent&nbsp;; sa signification concrète des droits et devoirs des citoyens et des groupes, s’est révélée une base féconde pour le développement progressif des Lois organiques correspondantes, dont quelques-unes ont déjà été promulguées. Il a seulement été nécessaire de reconsidérer l’Article VI relatif à la liberté religieuse, pour l’accommoder à la doctrine en vigueur de l’Église, mise à jour au Concile Vatican&nbsp;II. Ceci justifie la nouvelle rédaction du dit article, auquel le Saint-Siège a donné son approbation et qui figure dans la loi&nbsp;»<a href="#_ftn8" id="_ftnref8">[8]</a>.</p>



<p>Presque 96&nbsp;% des votants acceptèrent le projet, dit Jean Julg<a href="#_ftn9" id="_ftnref9">[9]</a>, qui commente&nbsp;: «&nbsp;Le principe de la liberté religieuse était acquis en Espagne. Au Vatican aussi&nbsp;»<a href="#_ftn10" id="_ftnref10">[10]</a>.</p>



<p>Pourtant, à cette époque, le catholicisme restait la religion de l’immense majorité des Espagnols. On estime qu’il y avait en 1967 en Espagne, sur un total de 33 millions d’habitants, environ 30&nbsp;000 protestants, 8&nbsp;000 juifs et 3&nbsp;000 musulmans<a href="#_ftn11" id="_ftnref11">[11]</a>.</p>



<p>Le <em>Fuero de los Españoles</em> a donc été modifié par la Loi organique de l’État du 10 janvier 1967. En voici le nouvel article VI&nbsp;: «&nbsp;La profession et la pratique de la religion catholique, qui est celle de l’État espagnol, jouiront de la protection officielle. L’État assumera la protection de la liberté religieuse, garantie par une tutelle juridique efficace qui, en même temps, sauvegardera la morale et l’ordre public&nbsp;»<a href="#_ftn12" id="_ftnref12">[12]</a>.</p>



<p>Le 1<sup>er</sup> juillet 1967 était publiée dans le <em>Boletin oficial del Estado</em> la «&nbsp;Loi réglementant l’exercice du droit civil à la liberté en matière religieuse&nbsp;». On lit à l’article 1<sup>er</sup>, 2<sup>e</sup> paragraphe&nbsp;: «&nbsp;La profession et la pratique, tant publiques que privées, de toute religion seront garanties par l’État, sans autres limitations que celles établies à l’article 2 de cette loi&nbsp;».</p>



<p>Et voici l’article 2&nbsp;: «&nbsp;Le droit à la liberté religieuse n’aura pas d’autres limites que celles découlant&nbsp;: du respect des lois&nbsp;; du respect de la religion catholique, qui est la religion de la nation espagnole, ainsi que des autres religions&nbsp;; de la morale, de la paix et de la vie publiques, ainsi que des droits légitimes des autres, en tant qu’exigences de l’ordre public&nbsp;».</p>



<p>Auparavant, les non catholiques avaient seulement le droit de ne pas être inquiétés pour leurs croyances religieuses, toute manifestation extérieure de culte autre que les manifestations catholiques étant interdites. Dorénavant, l’État garantit la protection de la liberté religieuse, ce qui signifie que l’exercice public d’un culte non catholique est autorisé, pourvu qu’il n’aille pas à l’encontre de la morale ou de l’ordre public.</p>



<p>C’est pourquoi l’évêque de Dijon, Mgr Minnerath, canoniste, n’a pas hésité à écrire en 2012&nbsp;: «&nbsp;C’est sans aucun doute en Espagne que la déclaration conciliaire <em>Dignitatis humanæ</em> a eu les répercussions les plus spectaculaires&nbsp;»<a href="#_ftn13" id="_ftnref13">[13]</a>.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Ce qu’en pensait Mgr Lefebvre</li>
</ul>



<p>Mgr Marcel Lefebvre, formé au séminaire français de Rome, enseigne la même doctrine que celle du cardinal Ottaviani. Après avoir cité l’article VI du <em>Fuero</em>, l’ancien archevêque de Dakar montre la sagesse de cette loi espagnole et sa conformité au Magistère de l’Église&nbsp;: «&nbsp;Le <em>Fuero de los Espa<a>ñ</a>oles</em> tolère, comme nous l&rsquo;avons vu, l&rsquo;exercice privé des cultes erronés, mais il n&rsquo;en tolère pas les manifestations publiques. Voilà une distinction tout à fait classique que <em>Dignitatis humanæ</em> s&rsquo;est refusé à appliquer. Le Concile a défini la liberté religieuse comme un droit de la personne en matière religieuse, “en privé comme en public, seul ou associé à d&rsquo;autres” (DH. 2). Et le document conciliaire justifiait ce refus de toute distinction&nbsp;: “La nature sociale de l&rsquo;homme requiert en effet elle-même qu&rsquo;il exprime extérieurement les actes internes de religion, qu&rsquo;en matière religieuse il ait des échanges avec d&rsquo;autres, qu&rsquo;il professe sa religion sous une forme communautaire” (DH. 3).</p>



<p>Sans aucun doute, la religion est un ensemble d&rsquo;actes non seulement intérieurs à l&rsquo;âme (dévotion, oraison) mais extérieurs (adoration, sacrifice), et non seulement privés (prière familiale) mais aussi public (offices religieux dans les édifices cultuels &#8211; disons les églises &#8211; processions, pèlerinages, etc.). Mais le problème n&rsquo;est pas là. La question est de savoir de quelle religion il s&rsquo;agit : si c&rsquo;est la vraie, ou si c&rsquo;est une fausse ! Quant à la vraie religion, elle a le droit d&rsquo;exercer tous les actes susdits “avec une liberté prudente”, comme dit Léon&nbsp;XIII (<em>Libertas</em>, PIN. 207) c&rsquo;est-à-dire dans les limites de l&rsquo;ordre public, de façon non intempestive.</p>



<p>Mais les actes des cultes erronés doivent être soigneusement distingués les uns des autres. Les actes purement internes échappent par leur nature même à tout pouvoir humain (si l&rsquo;on excepte le pouvoir de l&rsquo;Église sur ses sujets, pouvoir qui n&rsquo;est pas purement humain). Les actes privés externes en revanche peuvent être parfois soumis à la réglementation d&rsquo;un État catholique s&rsquo;ils troublaient l&rsquo;ordre catholique : par exemple des réunions de prières de non-catholiques dans des appartements privés. Enfin, les actes cultuels publics tombent de soi sous le coup des lois qui visent éventuellement à interdire toute publicité aux cultes erronés. Mais comment le Concile pouvait-il accepter de faire ces distinctions, puisqu&rsquo;il refusait d&#8217;emblée de distinguer la vraie religion des fausses et également de distinguer entre État catholique, État confessionnel non catholique, État communiste, État pluraliste, etc. Au contraire le schéma du cardinal Ottaviani ne manquait pas d&rsquo;opérer toutes ces précisions absolument indispensables. Mais justement, et c&rsquo;est là qu&rsquo;on saisit l&rsquo;inanité et l&rsquo;impiété du dessein conciliaire, Vatican&nbsp;II a voulu définir un droit qui pût convenir à tous les “cas de figure”, indépendamment de la vérité&nbsp;! C&rsquo;est ce qu&rsquo;avaient demandé les francs-maçons. Il y avait là une apostasie latente de la Vérité qui est Notre Seigneur Jésus-Christ&nbsp;!&nbsp;<a>»</a><a href="#_ftn14" id="_ftnref14">[14]</a>.</p>



<p>Quant au pape Léon&nbsp;XIV, il semble bien qu’il se place dans la ligne de Vatican&nbsp;II plutôt que dans celle de la doctrine catholique. Il s’exprima ainsi le 16 mai 2025&nbsp;: «&nbsp;Je considère que la contribution que les religions et le dialogue interreligieux peuvent apporter pour favoriser des contextes de paix est fondamentale. Cela exige naturellement le plein respect de la liberté religieuse dans chaque pays, car l’expérience religieuse est une dimension fondamentale de la personne humaine, sans laquelle il est difficile, voire impossible, d’accomplir cette purification du cœur nécessaire pour construire des relations de paix»<a href="#_ftn15" id="_ftnref15">[15]</a>.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Conclusion</li>
</ul>



<p>Admirons l’article VI du <em>Fuero de los Españoles</em>. C’est un chef-d’œuvre de prudence et d’obéissance au Magistère de l’Église. Pour les pays à majorité catholique, c’est un modèle que tous les législateurs devraient suivre. Il est prudent parce qu’il n’interdit pas mais tolère l’exercice des cultes non-catholiques en privé. Il est sage parce qu’il favorise, protège et encourage l’exercice du culte catholique, l’unique vrai culte, conformément à ce que les papes ont toujours enseigné jusqu’à Pie&nbsp;XII inclusivement.</p>



<p>Abbé Bernard de Lacoste</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity" />



<p><a href="#_ftnref1" id="_ftn1">[1]</a> Artículo sexto.—La profesión y práctica de la Religión Católica, que es la del Estado Español, gozará de la protección oficial. Nadie será molestado por sus creencias religiosas ni el ejercicio privado de su culto. No se permitirán otras ceremonias, ni manifestaciones externas que las de la Religión Católica.</p>



<p><a href="#_ftnref2" id="_ftn2">[2]</a> <em>Ecclesia</em>, n°642, p. 5. Cité par la <em>Nouvelle revue théologique</em>, année 2025, p. 509.</p>



<p><a href="#_ftnref3" id="_ftn3">[3]</a> “En el territorio nacional seguirá en vigor lo establecido en el artículo 6 del «&nbsp;Fuero de los Españoles&nbsp;».</p>



<p>Por lo que se refiere a la tolerancia de los cultos no católicos, en los territorios de soberanía española en África continuará rigiendo el «statu quo» observado hasta ahora”.</p>



<p><a href="#_ftnref4" id="_ftn4">[4]</a> <a>“</a>Par lesquels Dieu a déclaré lui-même qu’il veut être honoré<a>”</a>.</p>



<p><a href="#_ftnref5" id="_ftn5">[5]</a> Cardinal A. Ottaviani, <em>L’Eglise et la Cité</em>, Imprimerie polyglotte vaticane, 1963, p. 269 et suivantes. Le texte se trouve aussi sur le site http://salve-regina.com.</p>



<p><a href="#_ftnref6" id="_ftn6">[6]</a> Mgr Enrique Pla y Deniel, dans la revue <em>Ecclesia</em>, n°642, du 31 octobre 1953, p. 5, cité par N. García Balart in <em>Confesionalidad, tolerancia y libertad religiosa en la doctrina del episcopado español</em> (1953-1968), <em>Cuadernos doctorales</em>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Pampelune">Pampelune</a>, Servicio de Publicaciones de la Universidad de Navarra, n<sup>o</sup>1,‎ 1983, pp. 583-584.</p>



<p><a href="#_ftnref7" id="_ftn7">[7]</a> www.vatican.va.</p>



<p><a href="#_ftnref8" id="_ftn8">[8]</a> <em>La constitution espagnole</em>, Servicio informativo español, Madrid, 1972, p. 35.</p>



<p><a href="#_ftnref9" id="_ftn9">[9]</a> <em>L’Eglise et les Etats, Histoire des concordats</em>, Nouvelle cité, 1990, p. 256.</p>



<p><a href="#_ftnref10" id="_ftn10">[10]</a> Ibidem.</p>



<p><a href="#_ftnref11" id="_ftn11">[11]</a> <em>La</em> <em>Documentation catholique</em>, année 1968, col. 45.</p>



<p><a href="#_ftnref12" id="_ftn12">[12]</a> <em>La constitution espagnole</em>, Servicio informativo español, Madrid, 1972, p. 51.</p>



<p><a href="#_ftnref13" id="_ftn13">[13]</a> Mgr Roland Minnerath, <em>L’Eglise catholique face aux Etats</em>, Cerf, 2012, p. 184.</p>



<p><a href="#_ftnref14" id="_ftn14">[14]</a> Mgr Lefebvre, <em>Ils l’ont découronné</em>, Fideliter, 1987, p. 209.</p>



<p><a href="#_ftnref15" id="_ftn15">[15]</a> Discours du pape Léon&nbsp;XIV aux membres du corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>UN HÉRITIER DU CONCILE</title>
		<link>https://courrierderome.org/un-heritier-du-concile/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Michel Gleize]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Oct 2025 09:26:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courrier de Rome]]></category>
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					<description><![CDATA[&#8211; I &#8211; Une appréciation encore indécise 1. Depuis son élection au Souverain Pontificat survenue le 8 mai dernier, le successeur de François est demeuré relativement sobre et&#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>&#8211; I &#8211;</strong></p>



<p><strong>Une appréciation encore indécise</strong></p>



<p>1. Depuis son élection au Souverain Pontificat survenue le 8 mai dernier, le successeur de François est demeuré relativement sobre et discret, au sens où il ne s’est pas franchement exprimé, ni pour rectifier ni non plus pour donner toute leur confirmation à certaines des orientations plus qu’étonnantes prises par son prédécesseur. Deux points ont en effet suscité une certaine part de désarroi dans le Peuple de Dieu, ou du moins dans la frange plutôt conservatrice de celui-ci. Plus d’un, parmi les inconditionnels de Jean-Paul&nbsp;II, ont été fort mécontentés de l’ouverture autorisée tant par l’Exhortation apostolique <em>Amoris laetitia</em> en 2016 que par la Déclaration <em>Fiducia supplicans</em> en 2023&nbsp;<a href="#_ftn1" id="_ftnref1">[1]</a>. Plus d’un aussi, parmi les inconditionnels de Benoît&nbsp;XVI, ont été tout aussi fortement mécontentés du manque d’ouverture et des restrictions imposés par le Motu proprio <em>Traditionis custodes</em> en 2021 <a href="#_ftn2" id="_ftnref2">[2]</a>. Ces silences et cette réserve du nouveau Vicaire du Christ nourrissent les attentes les plus différenciées, chez tous les déçus – et même plus que déçus&nbsp;: exaspérés – de François.</p>



<p>2. La question posée en filigrane par Jean Pierre Maugendre, dès le 13 mai 2025, sur le site de «&nbsp;Renaissance catholique&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn3" id="_ftnref3">[3]</a> résume assez bien les choses&nbsp;: Léon&nbsp;XIV sera-t-il le Pape de l’espérance&nbsp;? La réponse se veut, dans un premier temps, d’un optimiste&nbsp;circonstancié : «&nbsp;<em>On n’a pas deux fois l’occasion de faire une première bonne impression&nbsp;!</em> L’adage est connu et recèle une bonne part de vérité. Sous cet aspect&nbsp;le nouveau pape Léon&nbsp;XIV semble accomplir un parcours sans faute. Quelques minutes après son élection il est apparu au balcon de la basilique Saint-Pierre revêtu de la mozette rouge, de l’étole pontificale et d’une croix pectorale dorée, manifestement conscient du sens de la dignité pontificale dont il était désormais revêtu. […] En choisissant le nom de Léon&nbsp;XIV&nbsp;le nouveau pape renoue avec l’histoire longue de l’Eglise, par-delà les noms des papes (Jean&nbsp;XXIII et Paul&nbsp;VI) du concile Vatican&nbsp;II et de l’après concile (Jean-Paul&nbsp;I&nbsp;et&nbsp;II), la lignée des François étant, à ce jour, sans postérité. […] Les premières prises de parole publiques du nouveau Pontife ont frappé par leur envergure intellectuelle, leur verticalité, leur caractère surnaturel et leur tonalité résolument christocentrique, n’hésitant pas à traiter de l’Eglise comme&nbsp;<em>arche du salut</em>&nbsp;ce qui n’a, bien sûr, rien à voir avec le fait que la diversité des religions serait une sage disposition de la volonté divine&nbsp;». Mais le Président de Renaissance catholique reste mesuré&nbsp;: «&nbsp;Chacun, maintenant, s’efforce de savoir quelles seront les orientations majeures du pontificat. Si certains points semblent acquis (bienveillance vis-à-vis des migrants néanmoins sans les outrances de son prédécesseur, exercice d’un pouvoir pontifical moins solitaire, volonté d’écoute, dévotion mariale) de nombreux autres sujets restent ouverts&nbsp;». En effet, Léon XIV ne nous a pas encore tout dit.</p>



<p><strong>&#8211; II &#8211;</strong></p>



<p><strong>Du paraître à l’être</strong></p>



<p>3. Sans doute, oui, y a-t-il ici, dès les premiers instants du nouveau Pontificat, une question d’image de marque &#8211; ou de paraître, et il faut bien reconnaître que celle-ci revêt, dans le contexte, toute son importance, après douze années au cours desquelles le comportement médiatique du Pape François finissait par retirer à la fonction pontificale une part toujours plus grande de sa crédibilité. On ne peut que se réjouir de voir apparaître un successeur de saint Pierre visiblement conscient de la dignité hors du commun que lui confère son élection. Mais, au-delà du paraître, il y a l’être. Et les déclarations du nouveau Pape ont malheureusement déjà de quoi nous permettre de craindre, sans trop nous tromper, que l’orientation de Léon&nbsp;XIV, si elle se différencie de celle de François au niveau du paraître et de l’image représentative, reste foncièrement celle des faux principes de Vatican II au niveau de l’être même de la nouvelle ecclésiologie, œcuméniste et indifférentiste. Tout autant que François, Léon&nbsp;XIV apparaît déjà comme le fils et l’héritier du dernier Concile.</p>



<p><strong>&#8211; III &#8211;</strong></p>



<p><strong>L’ecclésiologie de Léon&nbsp;XIV</strong></p>



<p>4. Le 19 mai 2025, dix jours à peine après son élection, le Pape Léon&nbsp;XIV a voulu adresser un discours «&nbsp;aux représentants d’autres églises et communautés ecclésiales&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn4" id="_ftnref4">[4]</a>. Il insiste sur l’urgence de la démarche œcuménique, en cette année qui doit marquer le mille sept-centième anniversaire du premier concile œcuménique de Nicée. L’unité œcuménique précise-t-il, «&nbsp;ne peut être qu’une unité dans la foi&nbsp;» et d’ajouter&nbsp;: «&nbsp;En tant qu&rsquo;Évêque de Rome, je considère comme l&rsquo;un de mes devoirs prioritaires la recherche du rétablissement de la pleine et visible communion entre tous ceux qui professent la même foi en Dieu Père, Fils et Saint-Esprit&nbsp;». La foi serait-elle donc la même, alors que la communion &#8211; ou l’unité &#8211; n’est pas encore pleinement rétablie&nbsp;? Cela peut s’entendre si l’unité à réaliser est autre que l’unité dans la foi. Mais tel n’est pas le cas, puisque, selon le Pape, cette unité doit se faire dans la même foi&nbsp;: comment peut-il soutenir, dès lors, que la foi est déjà la même, alors que l’unité n’est pas encore pleinement rétablie&nbsp;?</p>



<p>5. La même problématique se retrouve dans le Discours que le Pape a voulu adresser, le 7 juin dernier, aux participants au Symposium «&nbsp;Nicée et l’Eglise du troisième millénaire&nbsp;: vers l’unité catholique-orthodoxe&nbsp;», réunion d’étude qui s’est tenue à l’Université Pontificale Saint-Thomas-d’Aquin&nbsp;<a href="#_ftn5" id="_ftnref5">[5]</a>. Citant le document élaboré par la Commission théologique internationale à l’occasion du mille sept-centième anniversaire du concile de Nicée, le Pape déclare que l’année 2025 représente « une occasion inestimable de souligner que ce que nous avons en commun est beaucoup plus fort, quantitativement et qualitativement, que ce qui nous divise&nbsp;». En effet, continue-t-il, «&nbsp;ensemble, nous croyons au Dieu Trinitaire, au Christ vrai homme et vrai Dieu, et au salut par Jésus-Christ, selon les Écritures lues dans l&rsquo;Église et sous la motion de l&rsquo;Esprit Saint. Ensemble, nous croyons en l&rsquo;Église, au baptême, à la résurrection des morts et à la vie éternelle ». Et d’ajouter&nbsp;: «&nbsp;Je suis convaincu qu&rsquo;en revenant au Concile de Nicée et en puisant ensemble à cette source commune, nous pourrons voir sous un autre jour les points qui nous séparent encore&nbsp;». Quels sont ces points&nbsp;? Le Pape n’en dit rien. Il se contente de répéter que «&nbsp;en célébrant ensemble cette foi de Nicée et en la proclamant ensemble, nous avancerons aussi vers la restauration de la pleine communion entre nous&nbsp;». Mais de quelle communion peut-il s’agir&nbsp;? Et quelles sont les divisions qui doivent être surmontées pour y parvenir&nbsp;?</p>



<p>6. Recevant à Rome, le 28 juin, une délégation du Patriarcat orthodoxe de Constantinople&nbsp;<a href="#_ftn6" id="_ftnref6">[6]</a>, le Pape rappelle l’idée déjà introduite dans les textes du concile Vatican&nbsp;II et réaffirmée sans cesse par les déclarations de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, de Paul&nbsp;VI à Benoît&nbsp;XVI&nbsp;: l’Eglise orthodoxe de Constantinople est «&nbsp;une église sœur&nbsp;» et «&nbsp;cet échange traditionnel de délégations entre les deux Eglises à l’occasion des fêtes respectives des saints patrons est le signe de la profonde communion déjà existante entre nous et est le reflet du lien de fraternité qui unit les apôtres Pierre et André&nbsp;». Et de rappeler son intention «&nbsp;de persévérer dans l’effort pour rétablir la pleine communion visible entre nos Eglises&nbsp;».</p>



<p><strong>&#8211; IV &#8211;</strong></p>



<p><strong>Une ecclésiologie inacceptable</strong></p>



<p>7. Comment entendre tous ces rappels, qui ne font que traduire les enseignements du concile Vatican&nbsp;II, spécialement les principes faux du Décret <em>Unitatis redintegratio</em> sur l’œcuménisme <a href="#_ftn7" id="_ftnref7">[7]</a>&nbsp;? Quelques indices nous sont fournis par les différentes déclarations du Pape, dans les discours précités&nbsp;: compris à la lumière du Décret de Vatican&nbsp;II, ils peuvent donner un sens à la démarche de Léon&nbsp;XIV.</p>



<p>8. Dans le Discours du 7 juin, le Pape précise en effet que «&nbsp;l&rsquo;unité à laquelle les chrétiens aspirent ne sera pas d&rsquo;abord le fruit de nos efforts ni ne se réalisera à travers un modèle ou un plan préconçu&nbsp;». Citant la prière composée par l’un des pionniers de l’œcuménisme, le Père Paul Couturier&nbsp;<a href="#_ftn8" id="_ftnref8">[8]</a>, le Pape ajoute que «&nbsp;l&rsquo;unité sera plutôt un don reçu  » comme le Christ le veut et par les moyens qu&rsquo;il veut&nbsp;« , par l&rsquo;action de l&rsquo;Esprit Saint&nbsp;». Et dans le Discours du 19 mai, il explique que «&nbsp;notre communion se réalise en effet dans la mesure où nous convergeons vers le Seigneur Jésus. Plus nous lui sommes fidèles et obéissants, plus nous sommes unis entre nous&nbsp;». Enfin, dans le Discours du 28 juin, il précise que la communion parfaite doit être atteinte «&nbsp;à travers un engagement constant d’écoute respectueuse et de dialogue fraternel&nbsp;». Si nous comprenons bien, l’unité dont il s’agit est le fruit d’une dynamique imprévisible, fondée sur l’action de l’Esprit Saint qui passe par le dialogue et l’écoute réciproque. Pourtant, le Pape Léon&nbsp;XIII, dans l’Encyclique <em>Satis cognitum</em> de 1896, rappelle que «&nbsp;l’Église a été fondée et constituée par Jésus-Christ Notre-Seigneur&nbsp;». Il s’ensuit de là que, contrairement à ce qu’affirme Léon&nbsp;XIV, &nbsp;l’unité des chrétiens doit se réaliser à travers un modèle et un plan préconçu&nbsp;: le modèle et le plan établis par le propre Fils de Dieu, fondateur de l’Eglise. «&nbsp;Par conséquent&nbsp;», continue Léon&nbsp;XIII, «&nbsp;lorsque nous nous enquérons de la nature de l’Église, l’essentiel est de savoir ce que Jésus-Christ a voulu faire et ce qu’il a fait en réalité. C’est d’après cette règle qu’il faut traiter surtout de l’unité de l’Église&nbsp;».</p>



<p>9. L’unité inventée de toutes pièces par Vatican&nbsp;II est tout autre et c’est pourquoi ce ne serait être ni l’unité des chrétiens, ni celle de l’Eglise du Christ. En effet, dit Léon&nbsp;XIII, toujours dans <em>Satis cognitum</em>, «&nbsp;l’auteur divin de l’Église, ayant décrété de lui donner l’unité de foi, de gouvernement, de communion, a choisi Pierre et ses successeurs pour établir en eux <strong>le principe</strong> et comme le centre de l’unité. […] De là vient cette sentence de saint Cyprien, que l’hérésie et le schisme se produisent et naissent l’une et l’autre de ce fait, que l’on refuse à la puissance suprême l’obéissance qui lui est due. « L’unique source d’où ont surgi les hérésies et d’où sont nés les schismes, c’est que l’on n’obéit point au Pontife de Dieu et que l’on ne veut pas reconnaître dans l’Église et en même temps un seul pontife et un seul juge qui tient la place du Christ » (Lettre 12 à Corneille, n° 5)&nbsp;». Cette unité de l’Eglise est donc identiquement celle de l’Eglise du Christ et celle de l’Eglise catholique romaine, sans qu’il y ait aucune distinction, ni réelle ni même de raison entre les deux&nbsp;<a href="#_ftn9" id="_ftnref9"><sup>[9]</sup></a>. Car l’unité de l’Eglise</p>



<p>résulte d’un principe voulu par le Christ. Ce principe qui manquera toujours à toutes les communautés séparées de l’Eglise, quelle que soit la part quantitative ou qualitative qui peut leur être commune avec les catholiques, est un principe surnaturel, parce que divinement institué&nbsp;: c’est le bien de la profession extérieure de la vraie foi et du vrai culte, mais tel qu’il est atteint sous le gouvernement hiérarchique du Pape, chef suprême, et des évêques, chefs subordonnés. Les autres communautés chrétiennes dissidentes possèdent peut-être (d’un simple point de vue matériel) quelques éléments en commun avec l’Eglise catholique (comme le baptême valide ou la profession de certaines vérités de foi). Mais d’un point de vue formel, elles se définissent en tant que telles dans leur refus du primat de l’évêque de Rome. Ce sont des «&nbsp;sectes&nbsp;», c’est à dire, étymologiquement, des pièces détachées de la vraie Eglise, et, comme telles, non pas des communions encore imparfaites mais des privations et des refus de communion. La prétendue communion encore imparfaite dont rêve Léon XIV à la suite de Vatican II, est en réalité une non-communion et c’est pourquoi elle ne pourra jamais atteindre à l’unité ecclésiale, c&rsquo;est-à-dire à l’unité sociale de partie à partie en vue du même bien commun sous la direction d’une même autorité suprême, celle du Vicaire du Christ.</p>



<p>10. Pour nous résumer, voici notre argumentation théologique mise en forme&nbsp;:</p>



<p>Première prémisse&nbsp;majeure : l’unité de l’Eglise dont le chef visible ici-bas est le vicaire du Christ est celle de l’Eglise catholique romaine. Preuve de cette première prémisse&nbsp;: l’unique vicaire de Christ est l’évêque de Rome.</p>



<p>Deuxième prémisse mineure&nbsp;: or, l’unité de l’Eglise voulue par le Christ est celle de la société dont le chef visible ici-bas est le vicaire du Christ.</p>



<p>Conclusion&nbsp;: donc, l’unité de l’Eglise voulue par le Christ est uniquement celle de l’Eglise catholique romaine et ce n’est pas celle que nous décrit Léon XIV à la suite de Vatican II.</p>



<p><strong>&#8211; V &#8211;</strong></p>



<p><strong>Léon XIV et la Primauté de l’Eglise de Rome</strong></p>



<p>12. Dans le Discours du 17 juillet, Léon&nbsp;XIV va jusqu’à dire que «&nbsp;Rome, Constantinople et tous les autres sièges ne sont pas appelés à se disputer la primauté, pour ne pas risquer de nous retrouver dans la situation des disciples qui, le long du chemin, alors même que Jésus annonçait sa passion imminente, se disputaient pour savoir lequel d’entre eux était le plus grand (Mc IX, 33-37)&nbsp;». Nous regrettons de devoir le dire, au détriment de la pensée du Pape, mais il est évident que le texte de l’Evangile est ici détourné de son sens et instrumentalisé pour servir de caution à une idéologie, celle de cette nouvelle ecclésiologie de Vatican&nbsp;II, dans la confusion la plus totale. En réalité, le sens du passage allégué est que le Christ interdit à ses disciples non pas l’autorité, mais l’esprit de domination, qui correspond à l’abus de l’autorité chez celui qui la possède. Et il est clair que, par la volonté du Christ, saint Pierre possède l’autorité sur les autres apôtres, et qu’il est de ce point de vue «&nbsp;plus grand&nbsp;» qu’eux. Il est également manifeste que le siège de Rome possède la primauté sur tous les autres. Ce sont là des dogmes de notre foi, rappelés en son temps par le concile Vatican I dans la constitution <em>Pastor aeternus</em>. Nous ne voyons pas comment concilier, avec la saine doctrine révélée par Dieu et rappelée par la définition solennelle de ce Concile, l’affirmation du Pape Léon&nbsp;XIV, telle qu’elle figure dans ce Discours du 17 juillet. D’autant moins que, dans les actes du concile de Constance, on trouve parmi les propositions condamnées de John Wyclif et de Jean Huss la suivante&nbsp;: «&nbsp;Il n’est pas nécessaire au salut de croire que l’Église de Rome est supérieure aux autres églises&nbsp;»<a href="#_ftn10" id="_ftnref10"><sup>[10]</sup></a>.</p>



<p><strong>&#8211; VI &#8211;</strong></p>



<p><strong>Grâces d’état&nbsp;?</strong></p>



<p>13. A la fin de la réflexion déjà citée&nbsp;<a href="#_ftn11" id="_ftnref11">[11]</a>, Monsieur Maugendre conclut en ces termes&nbsp;: «&nbsp;Fondamentalement personne ne semble savoir quelle perception a Léon&nbsp;XIV de l’acuité de la crise que vit l’Eglise, de ses causes et des remèdes à y apporter. Ce qui est certain c’est que&nbsp;lui seul a les grâces d’état pour gouverner la barque de Pierre&nbsp;». Cela est certain, en effet, et Monsieur Maugendre a raison de nous le rappeler. Mais si nous nous basons sur les différents discours du Pape que nous avons rapportés plus haut, il semble plus que douteux que, à supposer qu’il ait conscience d’une crise dans l’Eglise, Léon&nbsp;XIV en voie la cause profonde dans les enseignements de Vatican II. Ce qui est hors de doute, en revanche, c’est que les grâces d’état n’ont jamais rendu personne ni clairvoyant ni infaillible&nbsp;; et qu’elles ne font jamais l’économie de la liberté de celui qui les reçoit. Ces grâces d’état ne sont pas des grâces de miracle. Elles sont le secours que Dieu proportionne à la mission confiée par Lui en vue du bien commun de la société et de l’Eglise à celui qui en a la responsabilité. Elles signifient que, s’il use mal de sa liberté pour manquer à sa mission, celui qui aura tout de même bénéficié de ces grâces d’état sera d’autant plus sévèrement tenu pour responsable de son propre échec.</p>



<p>14. Dire que le Pape seul «&nbsp;a les grâces d’état pour gouverner la barque de Pierre&nbsp;» ne signifie pas que l’Eglise est à l’abri du mauvais gouvernement d’un mauvais Pape. Et cela ne doit certainement pas, non plus, rendre illégitime toute réaction de la part des fidèles, prêtres et évêques, eux aussi membres du Peuple de Dieu et du Corps mystique de Jésus Christ, dans le contexte d’un état de nécessité, où, en dépit de ces grâces d’état qui lui sont réservées à lui seul, le Pape scandalise l’Eglise en lui donnant à boire le poison mortel d’une nouvelle ecclésiologie œcuméniste et indifférentiste. Certes oui, Léon&nbsp;XIV est le seul à recevoir les grâces d’état réservées au successeur de Pierre pour gouverner l’Eglise. Mais les évêques ont eux aussi leurs grâces d’état, qui leur sont données pour assurer la pérennité du sacerdoce, en vue du salut des âmes. Ce sont ces grâces qui ont conduit Mgr Lefebvre à transmettre l’épiscopat à quatre de ses fils, pour accomplir «&nbsp;l’opération survie&nbsp;» de la Tradition et de l’Eglise. Et ce sont ces mêmes grâces qui pourraient conduire prochainement l’abbé Pagliarani à décider que le moment est venu de procéder à de nouvelles consécrations épiscopales, dans la Fraternité, toujours pour le même motif&nbsp;: continuer l’Eglise malgré ces germes d’auto-destruction que continue malheureusement d’entretenir la prédication du nouveau Pape, Léon&nbsp;XIV.</p>



<p>15. Quant au reste du Peuple de Dieu, il a la grâce suffisante pour prier sans relâche afin que, dans la fidélité aux grâces reçues, le Pape Léon XIV soit fidèle à sa mission, qui est de condamner enfin les faux principes de cette ecclésiologie empoisonnée.</p>



<p>Abbé Jean-Michel Gleize</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity" />



<p><a href="#_ftnref1" id="_ftn1">[1]</a> Voir les articles parus dans les numéros de mai 2016, mai 2017, septembre 2017, juillet-août 2018, octobre 2020, janvier 2023 et février 2023 du <em>Courrier de Rome</em>, ainsi que l’article paru sur la page du 3 janvier 2024 du site <em>La Porte Latine</em>.</p>



<p><a href="#_ftnref2" id="_ftn2">[2]</a> Voir les articles parus sur les page du 19 juillet et du 3 septembre 2021 du site <em>La Porte Latine</em>, ainsi que l’article paru dans le numéro de mai 2022 du <em>Courrier de Rome</em>.</p>



<p><a href="#_ftnref3" id="_ftn3">[3]</a> Cf. <a href="https://renaissancecatholique.fr/blog/leon-xiv-le-pape-de-lesperance/">https://renaissancecatholique.fr/blog/leon-xiv-le-pape-de-lesperance/</a></p>



<p><a href="#_ftnref4" id="_ftn4">[4]</a> <a href="https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/speeches/2025/may/documents/20250519-altre-religioni.html">https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/speeches/2025/may/documents/20250519-altre-religioni.html</a> &nbsp;</p>



<p><a href="#_ftnref5" id="_ftn5">[5]</a> <a href="https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/speeches/2025/june/documents/20250607-simposio-nicea.html">https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/speeches/2025/june/documents/20250607-simposio-nicea.html</a></p>



<p><a href="#_ftnref6" id="_ftn6">[6]</a> <a href="https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/speeches/2025/june/documents/20250628-patriarcato-ecumenico.html">https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/speeches/2025/june/documents/20250628-patriarcato-ecumenico.html</a></p>



<p><a href="#_ftnref7" id="_ftn7">[7]</a> Voir l’article «&nbsp;Des évêques parlent&nbsp;» dans le présent numéro du <em>Courrier de Rome</em>.</p>



<p><a href="#_ftnref8" id="_ftn8">[8]</a> Cf. <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Couturier">https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Couturier</a> &#8211; Paul Couturier (1881-1953) dont les funérailles, présidées par le cardinal Gerlier, eurent lieu en présence de plusieurs pasteurs protestants fut le fondateur de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, qui rassemble dès 1939 les membres des différentes confessions catholiques, orthodoxes, anglicans et réformés et qui sera à partir de 1968 organisée conjointement par le Conseil œcuménique des Eglises et le Conseil Pontifical pour l’unité des chrétiens. En 1936, le Père Couturier suscite la première rencontre spirituelle interconfessionnelle à Erlenbach, en Suisse alémanique, entre des pasteurs réformés et des prêtres catholiques, point de départ du Groupe des Dombes, qui réunira ensuite, chaque année, quelque quarante théologiens, catholiques et protestants, pour un dialogue théologique œcuménique.</p>



<p><a href="#_ftnref9" id="_ftn9">[9]</a> Cf. Timothée Zapelena, sj, <em>Le Corps et l’âme de l’Eglise d’après le magistère et la théologie</em>, Courrier de Rome, 2013&nbsp;: chapitre 2 («&nbsp;Coextension du Corps mystique et de l’Eglise catholique romaine&nbsp;»), p. 43-64&nbsp;; 3<sup>e</sup> appendice («&nbsp;L’unicité du sens révélé de l’expression du Corps mystique&nbsp;»), p. 73-79.</p>



<p><a href="#_ftnref10" id="_ftn10">[10]</a> 41<sup>e</sup> proposition condamnée lors de la 8<sup>e</sup> session, du 4 mai 1415 (DS 1191). Ce décret fut confirmé par le Pape Martin&nbsp;V dans la bulle <em>Inter cunctas</em>, du 22 février 1418 (Collection des actes des conciles établie par Mansi, t. XXVII, col. 1209).</p>



<p><a href="#_ftnref11" id="_ftn11">[11]</a> Cf. le n° 2 du présent article.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>De multiples contradictions</title>
		<link>https://courrierderome.org/de-multiples-contradictions/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard De Lacoste]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Oct 2025 09:21:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courrier de Rome]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://courrierderome.org/?p=27057</guid>

					<description><![CDATA[Une chose ne peut pas être et ne pas être en même temps et sous le même rapport. En d’autres termes, si une proposition est vraie, alors la&#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Une chose ne peut pas être et ne pas être en même temps et sous le même rapport. En d’autres termes, si une proposition est vraie, alors la proposition contradictoire est nécessairement fausse, et réciproquement. C’est évident. Si une personne nie un tel principe, alors elle affirme quelque chose, à savoir que ce principe est faux. Mais en affirmant cela, elle rejette la proposition contradictoire, à savoir que ce principe n’est pas faux. Elle admet donc qu’il est impossible d’être et de n’être pas en même temps&nbsp;<a href="#_ftn1" id="_ftnref1">[1]</a>.</p>



<p>C’est en vertu de ce principe que tout catholique est capable de rejeter certaines propositions qui contredisent ce qui est enseigné par le Magistère de l’Église. Or, il se trouve que, depuis le concile Vatican&nbsp;II, nous constatons des contradictions entre ce que l’Église a toujours enseigné comme appartenant à la doctrine catholique, et ce que les hommes d’Église d’aujourd’hui enseignent. Finirons-nous par devoir nier le principe de non-contradiction&nbsp;?</p>



<p>Voici six contradictions.</p>



<p><strong>1<sup>re</sup> contradiction</strong></p>



<p>Proposition A&nbsp;: Les catholiques sont les seuls à avoir le droit de ne pas être empêchés, par quelque pouvoir humain que ce soit, de s’exprimer publiquement.</p>



<p>Proposition B&nbsp;: Les catholiques ne sont pas les seuls à avoir le droit de ne pas être empêchés, par quelque pouvoir humain que ce soit, de s’exprimer publiquement.</p>



<p>La proposition A est enseignée par le pape Pie&nbsp;IX dans l’encyclique <em>Quanta cura</em> publiée en 1864. Certes, Pie&nbsp;IX admet que les pouvoirs publics puissent tolérer l’expression de l’erreur. Mais la tolérance est bien différente de la reconnaissance d’un droit. Comme l’a bien expliqué Léon&nbsp;XIII dans son encyclique <em>Libertas</em>, une fausse religion ne possède pas le droit de se répandre.</p>



<p>Quant à la proposition B, elle se trouve au numéro 2 de la déclaration <em>Dignitatis humanae</em> du concile Vatican&nbsp;II. Elle est reprise dans le <em>Catéchisme de l’Église catholique</em> de 1992 qui dit au numéro 2108&nbsp;: «&nbsp;Ce droit naturel [à la liberté religieuse] doit être reconnu dans l’ordre juridique de la société de telle sorte qu’il constitue un droit civil&nbsp;».</p>



<p><strong>2<sup>e</sup> contradiction</strong></p>



<p>Proposition A&nbsp;: L’Église du Christ et l’Église catholique sont absolument identiques.</p>



<p>Proposition B&nbsp;: L’Église du Christ et l’Église catholique ne sont pas absolument identiques.</p>



<p>La proposition A est enseignée par le pape Pie&nbsp;XII dans son encyclique <em>Mystici corporis</em> publiée en 1943 et dans son encyclique <em>Humani generis</em> de 1950. En outre, Pie&nbsp;XI parle des communautés non catholiques comme relevant d’une «&nbsp;fausse religion chrétienne, entièrement étrangère à l&rsquo;unique Église du Christ&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn2" id="_ftnref2"><sup>[2]</sup></a>.</p>



<p>La proposition B se trouve dans la constitution <em>Lumen Gentium</em> du concile Vatican&nbsp;II, au numéro 8. Il est écrit en effet que l’Église du Christ «&nbsp;subsiste dans l’Église catholique&nbsp;». Cette expression, d’après la Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi&nbsp;<a href="#_ftn3" id="_ftnref3">[3]</a>, signifie que, sous le rapport de la durée et de l’unicité, l’Église du Christ et l’Église catholique sont identiques. Mais sous le rapport de la présence agissante, l’Église du Christ est distincte de l’Église catholique parce que plus large que cette dernière.</p>



<p><strong>3<sup>e</sup> contradiction</strong></p>



<p>Proposition A&nbsp;: Il y a un seul sujet du pouvoir suprême de l’Église.</p>



<p>Proposition B&nbsp;: Il n’y a pas un seul sujet du pouvoir suprême de l’Église.</p>



<p>La proposition A est se trouve dans la constitution <em>Pastor </em><em>æ</em><em>ternus</em> du concile Vatican&nbsp;I, selon laquelle seul le pape est le chef suprême de l’Église.</p>



<p>La proposition B se trouve dans le concile Vatican&nbsp;II, au numéro 22 de la constitution <em>Lumen Gentium</em>, selon laquelle il existe deux sujets du pouvoir suprême dans l’Église&nbsp;: d’une part le pape seul, et d’autre part les évêques unis au pape. Cette thèse se trouve aussi enseignée explicitement dans le Code de droit canonique de 1983 au canon 336.</p>



<p><strong>4<sup>e</sup> contradiction</strong></p>



<p>Proposition A&nbsp;: L’Esprit du Christ refuse de se servir des communautés séparées de l’Église catholique comme des moyens de salut.</p>



<p>Proposition B&nbsp;: L’Esprit du Christ ne refuse pas de se servir des communautés séparées de l’Église catholique comme des moyens de salut.</p>



<p>Même si le Saint Esprit ne refuse pas d’agir DANS ces communautés pour donner la grâce aux âmes de bonne volonté (cf. <em>Mystici corporis</em> de Pie&nbsp;XII et la Lettre du St Office de 1949&nbsp;<a href="#_ftn4" id="_ftnref4"><sup>[4]</sup></a>), le Saint Esprit refuse d’agir PAR ces communautés. En effet, La proposition A est enseignée équivalemment par le quatrième concile du Latran, chapitre premier, rappelant qu’il n’y a pas de salut hors de l’Église catholique. Cette doctrine se trouve aussi dans l’encyclique <em>Mirari vos</em> de Grégoire&nbsp;XVI, dans le <em>Syllabus</em> de Pie&nbsp;IX (propositions condamnées n°16 et 17) ainsi que dans l’encyclique <em>Satis cognitum</em> de Léon&nbsp;XIII.</p>



<p>La proposition B est enseignée par le concile Vatican&nbsp;II dans le décret <em>Unitatis redintegratio</em>, numéro 3. Il y est écrit en effet&nbsp;: «&nbsp;(…) Ces Églises et communautés séparées, bien que nous croyions qu’elles souffrent de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut&nbsp;».</p>



<p><strong>5<sup>e</sup> contradiction</strong></p>



<p>Proposition A&nbsp;: L’ancienne Alliance est abrogée.</p>



<p>Proposition B&nbsp;: L’ancienne Alliance n’est pas abrogée.</p>



<p>La proposition A est enseignée par saint Paul au chapitre VII de l’épître aux Hébreux&nbsp;: «&nbsp;Car le sacerdoce étant changé, il était nécessaire qu’il y ait aussi un changement de loi. (…) Il y a ainsi abolition de la première ordonnance, à cause de son impuissance et de son inutilité&nbsp;». Le Concile de Florence enseigne de même dans la bulle <em>Cantate Domino</em> du 4 février 1442&nbsp;<a href="#_ftn5" id="_ftnref5">[5]</a>. Le pape Pie&nbsp;XII écrit aussi dans l’encyclique <em>Mystici corporis</em>&nbsp;: «&nbsp;La mort du Rédempteur a fait succéder le Nouveau Testament à l’Ancienne loi abolie&nbsp;».</p>



<p>La proposition B est enseignée par le pape Jean-Paul&nbsp;II en 1980&nbsp;: «&nbsp;(…) L’ancienne Alliance, jamais révoquée par Dieu&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn6" id="_ftnref6">[6]</a>. De même dans son discours du 11 septembre 1987&nbsp;: «&nbsp;(…) Un seul Dieu, qui a choisi Abraham, Isaac et Jacob, et a conclu avec eux une alliance d&rsquo;amour éternelle, qui n&rsquo;a jamais été révoquée&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn7" id="_ftnref7">[7]</a>.</p>



<p>Elle est enseignée aussi par le pape François&nbsp;: «&nbsp;Un regard très spécial s’adresse au peuple juif, dont l’Alliance avec Dieu n’a jamais été révoquée&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn8" id="_ftnref8">[8]</a>. Elle se trouve aussi dans le <em>Catéchisme de l’</em><em>É</em><em>glise catholique</em> de 1992, au n°121&nbsp;: «&nbsp;L’ancienne Alliance n’a jamais été révoquée&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn9" id="_ftnref9">[9]</a>.</p>



<p><strong>6<sup>e</sup> contradiction</strong></p>



<p>Proposition A&nbsp;: La peine de mort peut être permise moralement.</p>



<p>Proposition B&nbsp;: La peine de mort ne peut pas être permise moralement.</p>



<p>La proposition A est enseignée non seulement par saint Thomas d’Aquin&nbsp;<a href="#_ftn10" id="_ftnref10">[10]</a>, mais par le Magistère constant de l’Église. En 1208, le pape Innocent&nbsp;III impose aux Vaudois une formule d’abjuration qui contient cette proposition&nbsp;: «&nbsp;Nous affirmons que le pouvoir séculier peut, sans péché mortel, prononcer des peines capitales, pourvu qu’il porte cette sentence dans un procès et non par haine, après délibération et non sans précaution&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn11" id="_ftnref11">[11]</a>. En 1520, le pape Léon&nbsp;X condamne cette proposition de Luther&nbsp;: «&nbsp;Que les hérétiques aient été brûlés est contraire à la volonté de l’esprit&nbsp;»&nbsp;<a href="#_ftn12" id="_ftnref12">[12]</a>. En 1891, le pape Léon XIII, en condamnant le duel, reconnaît le droit de l’autorité publique d’infliger la peine de mort&nbsp;<a href="#_ftn13" id="_ftnref13">[13]</a>. De même Pie&nbsp;XI dans l’encyclique <em>Casti connubii&nbsp;<a href="#_ftn14" id="_ftnref14"><strong>[14]</strong></a></em>.</p>



<p>La proposition B est enseignée par le pape François. Dans un discours du 11 octobre 2017, il affirme&nbsp;: «&nbsp;La peine de mort est inadmissible car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne&nbsp;»&nbsp;; citation reprise par la Congrégation pour la Doctrine de la foi le 1<sup>er</sup> août 2018 pour modifier le nouveau Catéchisme de l’Église catholique de 1992.</p>



<p>Conclusion</p>



<p>Un catholique dont l’intelligence fonctionne normalement n’a donc pas le choix&nbsp;: soit il accepte ce que l’Église a toujours enseigné, et alors il rejette les nouveautés contradictoires. Soit il accepte les nouveautés, mais alors il doit rejeter le Magistère de l’Église.</p>



<p>Abbé Bernard de Lacoste</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity" />



<p><a href="#_ftnref1" id="_ftn1">[1]</a> Voir Aristote, <em>Métaphysique</em>, L. IV, ch. 3 et 4.</p>



<p><a href="#_ftnref2" id="_ftn2">[2]</a> Pie XI, Encyclique <em>Mortalium animos</em> du 6 janvier 1928, AAS, t. XX, p. 11&nbsp;: «&nbsp;Quae cum ita se habeant, manifesto patet, nec eorum conventus Apostolicam Sedem ullo pacto participare posse, nec ullo pacto catholicis licere talibus inceptis vel suffragari vel operam dare suam&nbsp;; quod si facerent, falsae cuidam christianae religioni auctoritatem adiungerent, ab una Christi Ecclesia admodum alienae&nbsp;».</p>



<p><a href="#_ftnref3" id="_ftn3">[3]</a> “Réponses aux <em>dubia</em> sur certaines questions ecclésiologiques” du 11 juillet 2007 dans <em>La Documentation catholique</em>, n°2385, p. 717.</p>



<p><a href="#_ftnref4" id="_ftn4">[4]</a> Lettre à l’archevêque de Boston du 8 août 1949, Dz 3866 à 3873.</p>



<p><a href="#_ftnref5" id="_ftn5">[5]</a> Décret pour les Jacobites, Dz 1348.</p>



<p><a href="#_ftnref6" id="_ftn6">[6]</a> Discours aux représentants de la communauté juive de Mayence, 17 novembre 1980, §&nbsp;3&nbsp;:“Von Gott nie gekündigten Alten Bundes” (www.vatican.va).</p>



<p><a href="#_ftnref7" id="_ftn7">[7]</a> “It is Sitting at the beginning of our meeting to emphasize our faith in the One God, who chose Abraham, Isaac and Jacob, and made with them a Covenant of eternal love, which was never revoked” (www.vatican.va)</p>



<p><a href="#_ftnref8" id="_ftn8">[8]</a> Exhortation apostolique <em>Evangelii gaudium </em>du 24 novembre 2013, n°247.</p>



<p><a href="#_ftnref9" id="_ftn9">[9]</a> Mame, 1992, p. 38.</p>



<p><a href="#_ftnref10" id="_ftn10">[10]</a> <em>Somme théologique</em>, <a>II<sup>a</sup>II<sup>ae</sup></a>, q. 64, art. 2 et 3.</p>



<p><a href="#_ftnref11" id="_ftn11">[11]</a> Dz 795.</p>



<p><a href="#_ftnref12" id="_ftn12">[12]</a> Dz 1483.</p>



<p><a href="#_ftnref13" id="_ftn13">[13]</a> Dz 3272.</p>



<p><a href="#_ftnref14" id="_ftn14">[14]</a> Dz 3720.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>(I)  ISLAM ET MODERNITÉ : UNE OUVERTURE ?</title>
		<link>https://courrierderome.org/i-islam-et-modernite-une-ouverture/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Gaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Mar 2025 08:46:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courrier de Rome]]></category>
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					<description><![CDATA[(1) ceux qui ont adopté les principes libéraux (pour se constituer en nouveaux Etats laïcs) ; (2) ceux qui ont seulement utilisé ces principes libéraux – en jouant&#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<ol class="wp-block-list">
<li>L’une des idées dominantes de la modernité est celle des droits de l’homme et de la fraternité universelle qu’ils impliquent. Cette idée a peu à peu pénétré à l’intérieur du monde islamique, depuis les années 1970, à la faveur de débats ou même de documents officiels. Si on en examine le contenu, on s’aperçoit que la perspective dominante qui oriente toutes ces réflexions est celle qui est donnée par les instances mondiales occidentales, principalement l’ONU et l’UNESCO. Ce sont les thèmes imposés par ces institutions qui focalisent la réflexion : droits de l’homme, libertés individuelles civiques, citoyenneté.</li>



<li>Ce constat paradoxal s’explique du fait que la décolonisation a été l’occasion, pour les peuples du monde arabe, de se donner de nouveaux statuts et de se constituer plus ou moins en Etats-nations. Pour exister internationalement, il leur fallait en effet assimiler et utiliser ces nouvelles notions libérales, jusque-làinconnues en terre d’Islam, et qui finirent par leur être imposées par les grands organismes mondialistes (ONU, UNESCO) : les droits de l’homme, la citoyenneté, la démocratie républicaine.Cette ouverture à la modernité a provoqué une dissension interne au monde musulman. Elle met désormais aux prises :</li>
</ol>



<p>(1) ceux qui ont adopté les principes libéraux (pour se constituer en nouveaux Etats laïcs) ;</p>



<p>(2) ceux qui ont seulement utilisé ces principes libéraux – en jouant sur l’équivocité des termes (comme par exemple en constituant une organisation politique des Frères Musulmans) ;</p>



<p>(3) ceux qui ont modifié les principes libéraux pour les faire dépendre de leurs propres sources islamiques comme Al-Azhar ou l’OCI.</p>



<ol start="3" class="wp-block-list">
<li>De la sorte, il est aujourd’hui possible de distinguer, au sein d’une politique qui serait d’inspiration islamique, trois grandes positions générales.</li>



<li>Position des gouvernements actuels dansles pays arabo-musulmans.</li>



<li>Ces gouvernements ont dû faire un compromis entre les exigences des organismes mondialistes occidentaux et les exigences islamiques. En règle générale, ils ont adopté des lois occidentales en matière de contrats, de droit commercial, de droit pénal, de droit administratif. Cependant, ils ont maintenu la loi islamique en matière de droit de la famille et des successions, discriminant par là même les non-musulmans et les femmes. Certains d’entre eux ont aussi adopté en matière pénale les normes relatives aux châtiments dits islamiques. Tous ces pays ont une conception de la liberté religieuse fondée sur l’enseignement coranique : celle-ci implique le droit de devenir musulman, et l’interdiction d’abandonner l’Islam ou de le critiquer. L’apostat est puni parfois de mort et souvent d’emprisonnement, mais dans tous les cas il est considéré comme mort civilement, ce qui a pour conséquence la dissolution de son mariage, l’enlèvement de ses enfants, l’ouverture de sa succession et l’exclusion de la fonction publique[1].</li>



<li>Position des islamistes (ou « islam politique »)</li>



<li>Le courant islamiste veut établir un régime islamique, appliquer intégralement les normes de ce régime, sur le plan juridique et sur le plan des mœurs, précisément dans la mesure où ces normes représentent autant d’exigences de la foi islamique.Le même courant veut également rejeter toute loi d’origine occidentale. Le domaine qui est censé être réglé par la loi religieuse, laquelle est déduite du Coran et des récits de Mahomet (les deux sources principales de la loi islamique) doit être effectivement soumis à celle-ci. La volonté du peuple ne peut intervenir sur le plan législatif que dans les domaines non réglés par la loi islamique, et pour autant qu’elle n’entre pas en contradiction avecles principes de cette loi. Pour les tenants de cette position, tout musulman qui ne se soumettrait pas à cette loi cesserait d’être musulman[2].</li>



<li>Position des libéraux.</li>



<li>Ce courant libéral islamique est poussé par les organismes libéraux de l’Occident ; ses tenants estiment que le Coran est seulement un livre de spiritualité et d’éthique et non pas de droit, et que l’Islam n’est qu’une « spiritualité » et non pas un système politique. Dans les différents domaines de son existence, l’homme, même croyant, doit se déterminer en fonction de lois mises au point pour satisfaire les intérêts immédiats de l’être humain, et non pas pour lui procurer le salut de son âme. Ce courant critique d’une part le retour au système juridique islamique, préconisé par les islamistes, car jugé contraire aux droits de l’homme, notamment lorsqu’il s’agit de la liberté religieuse, de l’égalité entre musulmans et non-musulmans, de l’égalité entre hommes et femmes, et des châtiments corporels ; et il critique aussi d’autre part les gouvernements musulmans actuels, auxquels il reproche un certain attentisme.</li>



<li>Ces trois courants s’affrontent au sein de l’Islam et leur lutte idéologique est décisive. L’avenir de dizaines de pays musulmans ainsi que de l’Europe en dépend. La pénétration idéologique du libéralisme, détruisant les fondements-mêmes de l’Islam et des droits d’Allah, a provoqué une forte réaction défensive et celle-ci a alimenté à son tour les mouvements islamistes, et poussé les gouvernants à intégrer certains principes révolutionnaires.</li>



<li>Voilà qui devrait nous permettre de mieux comprendre où se situe exactement la déclaration d’Abou Dhabi dans le contexte où elle intervient : elle s’inscrit dans une série de documents émanant de l’un ou de l’autre de ces trois groupes. Reste alors à définir quels sont plus fondamentalement, au-delà de ces écrits de circonstances, les acteurs et les stratégies où se reconnaissent, pour leurs parts respectives, chacun de ces groupes.</li>
</ol>



<p>Abbé Guillaume Gaud.</p>



<p>[1]Sami Aldeeb, article intitulé « Mouvement de libération islamique » (p.3) et disponible sur le site du Centre de droit arabe et musulman : www.sami-aldeeb.com/articles/. Sami Aldeeb, né le 5 septembre 1949 en Cisjordanie, est un juriste naturalisé suisse en 1984, spécialiste du droit arabe et musulman. Il a notamment publié en 2008 une édition bilingue du Coran, en arabe et en français restituant le texte en classant les sourates par ordre chronologique selon l’Azhar, avec renvoi aux variantes, aux abrogations et aux écrits juifs et chrétiens. Il a préparé une édition similaire en italien et en anglais, une édition arabe annotée et un ouvrage en arabe sur les erreurs linguistiques dans le Coran (voir les publications). Il a aussi traduit la Constitution suisse en arabe pour la Confédération. Il se dit chrétien, mais a philosophie agnostique s’accommode fort bien avec le modernisme : selon lui, la révélation n’est pas un discours de Dieu aux hommes mais plutôt un discours des hommes sur Dieu. Néanmoins, sa compétence juridique éclaire par beaucoup d’endroits le vrai visage de l’Islam.</p>



<p>[2] Sami Adeeb, ibidem.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Mgr CARLI ET LES DÉFAILLANCES  DE GAUDIUM ET SPES</title>
		<link>https://courrierderome.org/mgr-carli-et-les-defaillances-de-gaudium-et-spes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Martin Monnier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Mar 2025 08:46:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courrier de Rome]]></category>
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					<description><![CDATA[6451.Le texte que nous présentons ci-dessous dans sa traduction française est constitué d’une série de remarques écrites déposées par Mgr Luigi Carli le 23 octobre 1964 au sujet&#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>645<br>1.Le texte que nous présentons ci-dessous dans sa traduction française est constitué d’une série de remarques écrites déposées par Mgr Luigi Carli le 23 octobre 1964 au sujet du schéma sur l’Église dans le monde de ce temps. Ce schéma, alors appelé Schéma XIII, élaboré par une commission de coordination à partir de la fin de la première session du Concile[1], fut soumis à la discussion dans l’aula conciliaire à partir du 20 octobre 1964. Le débat fut clos le 10 novembre de la même année par un vote décidant d’une révision sans remise en cause du schéma ébauché mais intégrant les interventions orales et écrites des Pères conciliaires. La nouvelle version du schéma fut examinée dans l’aula au cours de la quatrième session (14 septembre – 8 décembre 1965) pour n’être adoptée définitivement, sous le titre de constitution pastorale Gaudium et Spes, que le 7 décembre 1965.</p>



<ol start="2" class="wp-block-list">
<li>Mgr Carli, né en 1914, ordonné prêtre le 20 juin 1937 pour le diocèse de Comacchio après avoir accompli ses études de théologie à l’Université pontificale du Latran, fut consacré évêque de Segni en 1957.Il participa activement aux quatre sessions du Concile et fut notamment membre de la commission De Episcopis. C’est en marge de la deuxième session, suite à une intervention de Mgr de Proença Sigaud contre la collégialité[2], qu’il fit connaissance personnellement avec ce dernier ainsi qu’avec Mgr Lefebvre qui formaient déjà un « petit comité »[3]. De cette rencontre naquit le Coetus Internationalis Patrum pour constituer une force d’opposition face aux idées progressistes promues notamment par l’Alliance européenne.</li>



<li>L’intervention écrite de Mgr Carli reprend l’essentiel des points litigieux déjà soulevés lors des interventions orales des premiers jours de discussion pour en donner une appréciation précise et argumentée : influence de Teilhard de Chardin, confusion sur les fins du mariage, et surtout absence de condamnation explicite du communisme.</li>



<li>Quoi qu’il en soit du texte exact auquel réagit Mgr Carli, la lecture du texte définitif de Gaudium et Spes force à constater que ses remarques sont restées lettre morte. Pour ne donner que les deux exemples les plus flagrants : on ne trouve dans les § 47 à 52, traitant de la dignité du mariage et de la famille, aucun exposé « clair et adéquat » des fins du mariage, telles qu’on pouvait en trouver dans le magistère antérieur[4], ni de la nature de l’acte conjugal et du consentement matrimonial[5]. On n’y trouve pas non plus la condamnation explicite du communisme pourtant réclamée avec véhémence ici par Mgr Carli et à plusieurs reprises par bien d’autres Pères conciliaires[6]. Il n’est abordé implicitement qu’à travers le traitement générique de l’athéisme dans les § 19 à 21, où l’on se contente de rappeler par une note de bas de page les condamnations explicites antérieures de Pie XI à Paul VI.</li>



<li>Cette intervention a donc pour nous une double valeur : en premier lieu celle d’un réquisitoire précis, argumenté et non réfuté contre le texte définitif de Gaudium et Spes, en second lieu celle d’une illustration par l’exemple d’un péché fondamental du concile Vatican II : péché d’omission volontaire et délibérée.</li>



<li>Dira-t-on que la dénonciation du communisme n’a plus aujourd’hui l’urgence qu’elle avait à l’heure du Concile? Dira-t-on que la question de la contraception qu’avait en vue les novateurs en semant la confusion sur la nature du mariage et l’ordre de ses fins, a été suffisamment clarifiée par l’encyclique Humanae vitae ? Hélas, si les applications immédiatement visées par les Pères conciliaires ont bel et bien disparu, les principes posés ou omis n’en finissent pas de déployer leurs conséquences toujours nouvelles et toujours néfastes : introduction des nouveaux critères de nullité de mariage dans le code de droit canonique de 1983, « pastorale » des divorcés remariés d’Amoris Laetitia, étonnante diplomatie vaticane à l’égard du régime communiste chinois…</li>
</ol>



<p></p>



<p>A propos du schéma sur « l’Église dans le monde »[7].</p>



<p>1.Quel est ce schéma sur l’Église dans le monde de ce temps ? Si nous regardons son intitulé, ce n’est ni une constitution, ni un décret, ni une déclaration, ni un exposé, ni une instruction. Ses auteurs n’ont trouvé aucun genre littéraire dans lequel le situer. Peut-être est-ce de cette incertitude originelle sur la nature du schéma que découlent ses très nombreux défauts !</p>



<ol start="2" class="wp-block-list">
<li>De nombreux numéros du schéma me semblent devoir être revus radicalement. Qu’il suffise d’en rappeler un : le n.21 sur la dignité du mariage et de la famille[8], dans lequel on cherche en vain une exposition claire et adéquate de la doctrine catholique des fins du mariage et de la façon d’agir des époux ; au contraire, on trouve certains points qui semblent en désaccord avec les paroles assez récentes du souverain pontife Paul VI[9], affirmant que devaient être retenues, en ce qui concerne l’usage du mariage, les normes définies par Pie XII[10] jusqu’à ce que l’Église ait formellement décidé devoir en statuer autrement.</li>



<li>Que le schéma souligne avec force la relativité et la temporalité– pardonnez-moi pour la barbarie du vocabulaire – de ce monde, ainsi que la limite essentielle de sa progression ou de sa perfectibilité, afin que nous ne semblions pas nous livrer dans une certaine mesure à un optimisme teilhardien poétique mais très peu scientifique, qui de nos jours excite et exalte à l’excès l’imagination de beaucoup.</li>



<li>Afin que la Croix salvifique du Christ ne soit pas écartée, qu’on expose clairement et en détail le principe suivant : parmi les diverses façons d’user légitimement et raisonnablement de ce monde, il faut aussi compter celui qui consiste à s’abstenir, pour des « valeurs » ou des raisons surnaturelles, des choses du monde. Assurément leur abstinence à un certain degré est de nécessité de salut pour tous ceux qui suivent le Christ crucifié, et à un degré supérieur, quoique surérogatoire, elle est louable et recommandable. Ainsi on sauvegardera la « valeur » et la « rationalité » de l’ascèse chrétienne commune, et surtout de la virginité, de la pauvreté et de l’obéissance volontaires.</li>



<li>Qu’on énonce aussi clairement le principe suivant : tout ce qui vaut pour les communautés humaines, prises ensembles, ne vaut pas nécessairement et toujours pour chaque personne, et vice versa. Dans le schéma au contraire il apparaît parfois un passage indu d’un ordre à l’autre.</li>



<li>Le schéma tourne tout entier autour de phénomènes qui, bien que d’une grande importance et pour cette raison, au moins sous le rapport de l’éternité, dignes de la considération de l’Église, toutefois ne regardent directement que l’ordre naturel. Au contraire le schéma est étonnamment silencieux au sujet d’un phénomène qui malheureusement se manifeste dans le monde de ce temps ; il touche en effet de près tant l’ordre naturel que surnaturel, et devrait provoquer l’angoisse et la tristesse du Concile – selon les mots que nous lisons dans l’avant-propos – non moins que la faim et la croissance démographique, d’autant plus qu’il a infligé et inflige encore angoisses et tristesses à tant de millions d’hommes. Je parle du phénomène du marxisme, intrinsèquement pervers en ce qu’il« se déclare adversaire et s’élève contre tout ce qui porte le nom de Dieu ou est honoré d’un culte jusqu’à s’asseoir dans le sanctuaire de Dieu et à se présenter comme s’il était Dieu. »[11]; ce marxisme qui, ayant adroitement endossé le vêtement de l’économie et de la politique mais faisant aussi usage de la violence physique, fait rage dans plus de la moitié du monde, tout en guettant le reste, sème tant de douleurs et d’afflictions parmi les catholiques, parmi les frères chrétiens séparés et enfin parmi les hommes de toutes religions. Sa doctrine et sa pratique au sujet de Dieu, de l’homme, du monde, de l’eschatologie sont radicalement opposées, et même les plus hostiles qui soient, à la doctrine et à la pratique chrétienne.</li>



<li>Le dialogue avec le marxisme paraît impossible. Qu’il y ait au moins un monologue. L’Église catholique qui reconnaît un tel phénomène sous ses yeux, qui le ressent et en souffre comme dans sa propre chair, ne peut pas, ne doit pas se taire ou n’en parler que par euphémisme !</li>



<li>Dans cette troisième session du Concile, nous avons entendu de nombreux Pères soucieux de la publication d’un procès sommaire au sujet de la responsabilité des juifs dans la mise à mort de Notre Seigneur Jésus-Christ. Sans aller jusqu’à dire qu’il faut absolument laisser cela à la justice et à la miséricorde de Dieu, au moins un tel procès me semble-t-il très difficile soit en raison du trop grand intervalle de temps depuis le délit, soit surtout en raison de l’immense masse de lieux bibliques et patristiques qui devraient être renvoyés à un sévère examen exégétique, sans que l’impartialité des juges ne puisse en aucune façon être troublée par cette bienveillance humaine et chrétienne qui est due en justice à un peuple qui a été atrocement et criminellement maltraité pendant la dernière guerre. Eh bien, ne serait-il pas stupéfiant que notre concile, aussi soucieux de ce procès historique, ne dise aucun mot, ne profère aucun jugement, semble n’avoir aucun souci de ce phénomène affligeant notre temps, qui porte le nom de communisme marxiste ?</li>



<li>Quelqu’un dira peut-être : mais le communisme est déjà jugé par le magistère pontifical ! Je réponds : je ne le conteste pas, mais cependant tout ce qui est contenu dans ce schéma et dans quelques autres fut déjà énoncé avec plus de clarté, d’abondance et de justesse par les souverains pontifes, spécialement Pie XII, de vénérable mémoire, et néanmoins notre Concile estime devoir les redire solennellement et collégialement.</li>



<li>Je demande donc qu’il soit aussi traité explicitement et de la façon qui convient de cette souveraine hérésie de notre temps, afin que plus tard on ne puisse pas croire que tout le monde catholique était en paix lorsque fut célébré le concile Vatican II. Que l’Église ne se satisfasse pas de souffrir, de gémir et de prendre la fuite, mais qu’à l’image de la femme de l’Apocalypse[12], elle clame sans crainte face au dragon roux, qu’elle rende un témoignage collégial et solennel à la vérité ; qu’elle ne refuse pas le service et le soutien œcuménique à ses évêques, ses prêtres et ses laïcs, mais aussi à ses frères chrétiens séparés, et même à tous les hommes religieux qui souffrent la faim, la prison, l’exil, la persécution, la mort par la main du marxisme ; en somme qu’elle fasse résonner un avertissement maternel auprès des catholiques, spécialement des ouvriers et des intellectuels, qui sous apparence de progrès économique ou sous le faux nom de science, sont trompés par cette doctrine empestée et pourraient être confirmés dans leur erreur par le silence du Concile.</li>



<li>Que l’Église exprime clairement comment elle-même et ses enfants doivent se comporter à l’égard du marxisme de notre temps ; et qu’elle s’avise des moyens par lesquels ramener dans le droit chemin ceux qui sont dans l’illusion.</li>



<li>Vénérables frères : je vous ai manifesté ouvertement mon avis à ce sujet. Mais en parlant, je me regarde comme l’exécuteur testamentaire de mon très cher et regretté confrère dans l’épiscopat Mgr Joseph Gawlina[13], récemment décédé, qui plusieurs fois avant une mort imprévue, fort de sa profonde connaissance de la question et de sa vive expérience, avait avec moi vivement déploré l’étonnant silence des schémas sur un problème doctrinal et pastoral d’une telle importance.</li>
</ol>



<p>Mgr Luigi</p>



<p>[1] Ralph Wiltgen, Le Rhin se jette dans le Tibre,Éditions du Cèdre, pp. 202-205.</p>



<p>[2] Cf. CdR n°639 mars 2021, Abbé Marc Hanappier,Mgr de Proença Sigaud et les fondements de la liberté religieuse.</p>



<p>[3] Ralph Wiltgen, Le Rhin se jette dans le Tibre,Éditions du Cèdre, pp. 88-89.</p>



<p>[4] CIC1917, c.1013 §1 ; Pie XI, encyclique Casti Connubii, AAS 22 (1930), pp.543-555 ; Denz. 3700-3718.</p>



<p>[5] CIC1917, c. 1082.</p>



<p>[6] Qu’il suffise de rappeler le sort réservé aux deux pétitions successives adressées au souverain Pontife pour demander une condamnation explicite du communisme en 1963 puis en 1965 selon le récit détaillé donné parRalph Wiltgen dansLe Rhin se jette dans le Tibre, Éditions du Cèdre, pp. 269-274.</p>



<p>[7] Mgr Carli, « Remarques écrites générales sur l’Église dans le monde » dans Acta synodalia sacrosancti concilii oecumenici vaticani secundi, Vol. III, pars V, p. 439-441.</p>



<p>[8]§47 à 52 du schéma définitif de Gaudium et Spes.</p>



<p>[9]Paul VI, Allocutio ad Eminentissimos Patres Purpuratos, 23 juin 1964, AAS 56 (1964), pp. 581-589.</p>



<p>[10] Pie XII, AllocutioConventuiUnionisItalicaeinter Obstetrices, 29 octobre 1951, AAS 43 (1951), pp. 835-854.</p>



<p>[11]2 Thess. 2,4.</p>



<p>[12] Apoc. 12, 2 et sq.</p>



<p>[13] Joseph Felix Gawlina est né en 1892 en Silésie. Ordonné prêtre en 1925, docteur en théologie, il fut sacré évêque en 1933 pour le diocèse aux armées de Pologne. Après la seconde guerre mondiale, il fut mandaté par le Cardinal Hlond, primat de Pologne, pour exercer son ministère auprès des polonais émigrés de l’autre côté du rideau de fer. Élevé au rang d’archevêque en 1957, il prit part à la préparation du concile dans la commission De episcopis aux côtés de Mgr Carli. Présent aux deux premières sessions du Concile, il mourut le 21 septembre 1964 avant que la question du communisme ne fut abordée dans l’aula conciliaire.</p>
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		<title>LA HONTE</title>
		<link>https://courrierderome.org/la-honte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Michel Gleize]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Mar 2025 08:46:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Courrier de Rome]]></category>
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					<description><![CDATA[6451.Paul Claudel aimait à évoquer, dans une formule savoureuse, empreinte d’ironie salvatrice et vengeresse, cette « grande et un peu mystérieuse figure de saint Joseph, dont le nom&#8230;]]></description>
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<p>645<br>1.Paul Claudel aimait à évoquer, dans une formule savoureuse, empreinte d’ironie salvatrice et vengeresse, cette « grande et un peu mystérieuse figure de saint Joseph, dont le nom seul fait sourire les gens supérieurs » [1]. Un peu mystérieuse : c’est peut-être là que l’ironie de Claudel se fait le plus justement féroce … Car le grand mystère de saint Joseph n’est autre que celui-là même du Verbe Incarné, le mystère de Notre Seigneur Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme, unique Sauveur et Rédempteur de tout le genre humain. C’est le cardinal Billot qui l’a souligné [2] : saint Joseph a été prédestiné et voulu par Dieu d’abord pour remplir son rôle de père nourricier de Jésus, avant de l’être pour remplir le rôle d’époux de Marie. En effet, son mariage virginal (joséphin, dira-t-on désormais en vertu de l’antonomase) a été voulu de Dieu d’abord et avant tout en fonction de l’Enfant-Dieu dont il fallait assurer la nutrition et l’éducation. Comme Marie, mais d’une autre manière, Joseph n’est d’abord et avant tout voulu de Dieu que pour Jésus.</p>



<ol start="2" class="wp-block-list">
<li>Tel est d’ailleurs &#8211; selon la lecture qu’en donne Billot &#8211; le sens de la parole de l’ange, rapportée en saint Matthieu dans son Evangile, chapitre I, versets 20-21 : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie pour ton épouse ; en effet, ce qui est né en elle est du Saint Esprit : elle mettra au monde un fils et tu lui donneras le nom de Jésus » [3]. Le commandement que l’ange donne à saint Joseph de prendre Marie pour épouse est une conséquence ; et celle-ci découle d’une cause. Cette cause est que la Vierge doit mettre au monde un fils. Peut-être, dira-t-on, cette lecture est-elle seulement accommodatrice. Mais elle présente l’intérêt de mettre en évidence la mission propre et la raison d’être de saint Joseph. C’est d’abord l’Enfant Jésus &#8211; avant Marie &#8211; qui a besoin d’un homme, c’est-à-dire d’un individu de sexe masculin. Et, bien qu’il n’en ait pas besoin pour venir au monde (sa conception est en effet virginale) Jésus en a besoin pour parvenir à l’état d’homme achevé. Le père humain n’est donc pas seulement un géniteur, d’un point de vue exclusivement biologique. Il est nécessaire à l’enfant, selon les lois de la nature humaine, pour que celui-ci parvienne à son plein achèvement, en particulier sur le plan psycho-affectif. Et comme tous les autres mystères, celui de l’Incarnation se doit de respecter ces lois pleinement nécessaires. Le miracle divin n’aura jamais rien de commun, rien de semblable avec l’abjecte PMA. Celle-ci équivaut au refus et au rejet de la paternité, divine et humaine. Rejet de la paternité de Dieu à travers le rejet de la paternité humaine, dont Dieu est l’auteur et le souverain législateur. Ce rejet compromet l’épanouissement de la personne humaine et conduit à la déchéance. Il ne saurait trouver son issue ailleurs que dans une humanité manquée.</li>



<li>Le 26 septembre dernier, le vote du Peuple suisse a voulu donner sa légitimité à cette abjection. Aucun des 26 cantons ne s’est opposé à la possibilité offerte aux couples homosexuels de contracter un mariage civil, et aux couples de femmes d’accéder à la procréation médicalement assistée. Aucun. Le plus grand pourcentage de voix contre est monté seulement &#8211; dans le Tessin &#8211; à 47 %, laissant derrière lui le canton du Valais &#8211; pourtant censé le canton traditionnellement catholique par excellence &#8211; où le refus ne s’est exprimé qu’à 44,5 % [4]. C’est une honte : la honte d’un véritable crime contre l’humanité, désormais condamnée à périr, faute de paternité. Ne nous méprenons pas, en effet : ce crime est excessivement grave, car c’est d’abord celui d’une exemplarité, précisément celui d’un droit. Que ceux qui useront de ce droit soient nombreux ou non, majoritaires ou non, le droit est acquis en principe et il signifie que, aux yeux de la Constitution du Peuple Suisse, la paternité n’est plus une nécessité inhérente à la nature humaine. Il signifie l’exil de saint Joseph, devenu parfaitement inutile.</li>



<li>La paternité humaine n’en restera pas moins nécessaire, aux hommes de notre temps, comme à ceux du temps du Christ &#8211; comme à l’Enfant-Dieu Lui-même. Car les lois de la nature humaine sont imprescriptibles. Comme les autres cantons de la Suisse, le Valais vient d’ouvrir la brèche de ce qui, à terme, aboutira à un véritable suicide social. Pour le contrecarrer, et essuyer cette honte, le Peuple suisse devra se rendre compte que la paternité n’est pas une simple alternative. En attendant, la Loi de Dieu a été mise aux urnes, dont on sait aujourd’hui &#8211; en ces temps de manipulation médiatique [5] &#8211; tout l’aléatoire ; et les pauvres citoyens de la Confédération pourraient bien se reposer la question soulevée jadis par le regretté René Berthod : « La démocratie serait-elle le gouvernement du peuple par une minorité » ?… [6]</li>
</ol>



<p></p>



<p>[1] Cité par Charles De Koninck, La piété du Fils, Laval, 1954 dans l’annexe 3, p. 177-222 qui montre quels sont les véritables fondements du culte de saint Joseph, à la lumière des principes de saint Thomas et de la tradition subséquente.</p>



<p>[2] Dans son De Verbo Incarnato ou Traité du Verbe Incarné, thèse XLIV, p. 421.</p>



<p>[3] « Joseph fili David, noli timere accipere Mariam conjugem tuam ; quod enim in ea natum est de Spiritu sancto est : pariet autem Filium et vocabis nomen ejus Jesus ».</p>



<p>[4] Cf. le site Fsspx.Actualités, qui reproduit les statistiques officielles.</p>



<p>[5] Selon la profonde remarque du sociologue Pierre-André Taguieff : « Le désir d’éviter le pire s’impose comme une raison suffisante de voter en faveur du candidat qui incarne, dans le contexte, l’évitement le plus efficace » (Pierre-André Taguieff, Macron : miracle ou mirage ?, Editions de l’Observatoire, 2017, p. 21).</p>



<p>[6] René Berthod, Rembarre. Billets (1978-1990), Editions L’Âge d’homme, p. 57</p>



<p></p>
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